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Guatémala et Mexique : la vie des femmes ravagée par les brutalités dans l’indifférence générale

lundi 17 septembre 2007, par Françoise Guillitte

Des milliers de femmes ont été enlevées, violées, torturées et tuées au cours des dix dernières années au Guatémala et au Mexique. Or, ces affaires font souvent l’objet d’enquêtes bâclées – lorsqu’il y a une enquête – et les responsables sont rarement poursuivis en justice.

Depuis 2001, plus de 2000 femmes et jeunes filles ont été victimes de meurtre au Guatémala, avec une moyenne annuelle d’environ 580 victimes. Le nombre d’homicides de femmes et d’hommes est très élevé dans le pays mais, selon les Services du procureur des droits humains, les victimes de sexe féminin subissent en outre des atrocités et des violences physiques directes, notamment des viols : « La différence, c’est que les femmes, ils les font souffrir davantage avant de les tuer. »

Au Mexique, 67 p. cent des femmes de plus de quinze ans ont subi des violences chez elles, à l’école ou sur leur lieu de travail.

Enquête nationale sur la dynamique des relations dans le foyer, réalisée en 2006 par l’Institut national des statistiques et le Fonds de développement des Nations unies pour la femme

Au Mexique, la situation n’est guère meilleure. Les violences domestiques et familiales, y compris les violences sexuelles, sont fréquentes et seraient particulièrement marquées dans les communautés indigènes, qui comptent parmi les populations les plus marginalisées et vulnérables du pays. Mais il est rare que les victimes dénoncent ces atteintes à leurs droits fondamentaux, car la société ne prête pas attention à la violence contre les femmes, la nie ou la juge avec indulgence, et le système pénal remplit rarement sa tâche. « Dans le Guerrero, les femmes n’ont pas accès à la justice », souligne Neil Arias, avocate au sein de l’organisation mexicaine de défense des droits humains Tlachinollan. C’est notamment dans l’État de Guerrero que vivent les populations indigènes les plus nombreuses et les plus pauvres du Mexique. « Les autorités ne sont pas à l’écoute des femmes qui veulent dénoncer la violence [...] Elles se contentent de vous dire de faire la paix avec votre mari et de lui obéir […] Elles ne veulent pas faire plus. »

Au Guatémala, les victimes sont confrontées à une apathie similaire : les autorités ne mènent que des parodies d’enquêtes et ont tendance à reprocher aux femmes d’être responsables de ce qui leur arrive. « Ils s’en fichent », lance Jorge Velásquez à propos de l’attitude des pouvoirs publics face au meurtre de sa fille Claudina, une étudiante en droit de dix-neuf ans abattue en 2005.

« Selon eux, ce n’était pas la peine d’ouvrir une enquête sur la mort de Claudina, explique Jorge Velásquez. Ils ont établi quatre raisons principales [pour justifier leur décision] : 1) l’endroit où on l’a retrouvée ; 2) elle portait un collier ; 3) elle avait un piercing au nombril, et 4) elle portait des sandales. »

Des tentatives d’amélioration

Cette année, le Mexique a adopté une loi fédérale renforçant le droit des femmes de ne pas être soumises à la violence. Il a également créé les Services de la procureure spéciale chargée d’enquêter sur les violences contre les femmes. Mais des femmes continuent d’être tuées, notamment dans des villes comme Ciudad Juárez et Chihuahua. Même si dans certains cas les enquêtes sont plus sérieuses, les responsables font encore très rarement l’objet de poursuites et de condamnations dans le pays.

En septembre 2006, le Guatémala a mis en place un Institut national des sciences médicolégales, qui réunit l’ensemble des services de médecine légale de différents organes gouvernementaux. Mais aucun budget n’a encore été alloué à cet institut, ce qui constitue un nouvel exemple de l’indifférence du gouvernement.

« Quand une femme meurt au Guatémala, on dit que c’est parce qu’elle l’a cherché, déplore Jorge Velásquez. Si elle meurt, c’est parce qu’elle s’est retrouvée là où elle n’aurait jamais dû être. C’est dur à dire, mais ils pensent peut-être que Claudina faisait partie d’un gang ou qu’elle se prostituait. Comment peut-on élucider une affaire si on ne s’y intéresse pas ? Il n’y a qu’un mot pour décrire cette attitude : l’indifférence. Et l’indifférence est le terreau de l’impunité. »

1 Message

  • Des os dans le désert Le 20 novembre 2007 à 13:50

    LU DANS LA CHRONIQUE D’AMNESTY INTERNATIONAL FRANCE
    Novembre 2007

    Juárez, cité meurtrière

    Ciudad Juárez est une « twilight zone », une zone crépusculaire, où tout peut arriver. Dans cette ville frontalière de l’Etat du Chihuahua, lieu de transit entre le Mexique et le Texas, environ 500 femmes ont été assassinées entre 1993 et 2007, souvent après avoir été violées – sans compter des centaines de disparues. Avec Des os dans le désert, l’écrivain et journaliste mexicain Sergio González Rodriguez s’est immergé dans cet enfer pour dénoncer des « crimes contre l’humanité » engendrés par un contexte politique et social particulier, l’inefficacité des enquêteurs et « le gouvernement mexicain (qui) a protégé les assassins et ceux qui les finançaient chaque fois que cela s’est avéré nécessaire ». Amnesty International, qui a beaucoup travaillé sur le sujet, a reproché aux autorités de n’avoir pas suffisamment mis en œuvre les moyens pour résoudre les meurtres, comme le précise l’auteur.
    Les femmes assassinées de manière violente (séquestration, viol, strangulation, torture, etc.) étaient souvent pauvres et travaillaient dans les maquiladoras, usines d’assemblage à capitaux étrangers, une industrie qui elle aussi exploite les corps. Des proies faciles dans une cité violente : Juárez c’est 1,4 million d’habitants (« excès de gens, excès de désert »), une « population flottante » de 250 000 personnes, 40% d’extrême pauvreté, drogues, délinquance, idéologie misogyne et patriarcale… De grandes familles s’y partagent possessions territoriales (notamment un bidonville où ont échoué de nombreux cadavres), grands établissements nocturnes, vente d’alcool, service du gaz, médias… Selon le journaliste, « les meurtres de femmes en série sont directement liés au trafic de drogue local et à son immense pouvoir corrupteur, économique et politique » ; des hommes impliqués issus de familles influentes ont été protégés, alors que de nombreux corps ont été découverts à proximité des ranchs où les trafiquants de drogue organisent des « orgies sacrificielles ». Mais pour la police, la faute en incombe surtout aux mœurs dissolues des victimes et à un coupable, peu crédible d’après l’auteur, qui a écopé de trente ans de prison.
    Mariant enquête journalistique et ambition littéraire, Sergio González Rodriguez réalise une plongée vertigineuse et précise dans un mystère criminel et, au-delà, un portrait au vitriol de son pays englué dans la corruption, la violence et la collusion entre pouvoirs politique et mafieux. Filé, écouté et agressé deux fois, il a failli y laisser sa peau.
    A. P.

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