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Côte d’Ivoire : les violences sexuelles passées sous silence

jeudi 5 avril 2007, par Françoise Guillitte

« Le premier jour, 40 hommes ont couché avec moi. » Delphine, enlevée fin 2002 par un groupe d’opposition armé et victime de viols collectifs pendant plusieurs semaines

En janvier, des représentants du gouvernement et des membres du groupe d’opposition armé Forces nouvelles ont décidé de reprendre des pourparlers directs pour tenter de sortir le pays de l’impasse politique. Il n’était cependant pas question d’aborder le problème de l’impunité dont bénéficient les auteurs des viols et des autres violences sexuelles commis par toutes les parties au conflit armé actuel.

Depuis le début du conflit, en 2002, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été victimes de viols et d’agressions sexuelles perpétrés de manière généralisée – parfois systématique – par des combattants ou par leurs alliés civils. Un grand nombre de femmes ont subi des tortures de nature sexuelle : elles ont été victimes de viols collectifs ou enlevées et soumises à l’esclavage sexuel par des combattants. Beaucoup ont été violées en public, devant leurs enfants ou près des cadavres de membres de leur famille. Or, personne n’a été amené à répondre de ces actes qui, perpétrés dans le cadre d’un conflit armé, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Lors de ses dernières visites en Côte d’Ivoire, en 2005 et 2006, Amnesty International s’est entretenue avec un grand nombre de victimes de viols et d’autres violences sexuelles. Ces femmes ont expliqué qu’elles avaient été enlevées et gardées en tant qu’« objets », et qu’on les avait prises pour cible à cause de leur appartenance ethnique ou de leur affiliation politique.

Fatou, une Malienne, a raconté à Amnesty International qu’un soldat des forces gouvernementales l’avait retenue à un poste de contrôle en mai 2005. « Quand il a découvert que j’étais malienne, il m’a agressée », dit-elle. Le soldat l’a ensuite emmenée dans un autre endroit. Fatou poursuit : « … il m’a jetée par terre et il m’a violée… Il m’a demandé de remonter dans la voiture et, en route, il m’a demandé de lui faire une fellation, il m’a frappée pour que je le fasse. Il m’a descendue de la voiture, […] il m’a déshabillée et m’a sodomisée. » Après cette agression, le militaire l’a laissée partir. Fatou a porté plainte dans un commissariat de police. À la connaissance d’Amnesty International, aucune enquête n’a été ouverte sur ces faits.

Les femmes victimes de viol n’ont quasiment pas la possibilité d’obtenir des soins médicaux ou un soutien psychologique. Elles continuent souvent longtemps de beaucoup souffrir physiquement et psychiquement. Une femme de trente-cinq ans violée par des membres d’un groupe d’opposition armé en 2002 a raconté à Amnesty International : « J’ai mal partout, surtout à l’utérus et au vagin, mes règles durent deux semaines. J’ai régulièrement des pertes de mémoire. » Beaucoup de femmes ont aussi été contaminées par le VIH/sida lorsqu’elles ont été violées par des combattants. Certaines sont mortes.

En 2004, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) a été déployée afin de protéger les droits humains dans le pays « en prêtant une attention particulière aux actes de violence commis contre les femmes et les filles ». La présence des soldats de l’ONUCI n’a cependant pas mis fin au climat d’impunité.

Amnesty International demande au gouvernement ivoirien, qui contrôle actuellement le sud de la Côte d’Ivoire, et aux Forces nouvelles, qui contrôlent le nord, de prévenir, de punir et d’éradiquer les violences sexuelles commises par leurs soldats et leurs sympathisants. Cela fait maintenant plus de six ans que ces crimes se multiplient en toute impunité, tandis que le monde détourne les yeux. Il est temps que chacun, y compris la communauté internationale, regarde les choses en face et veille à ce que justice soit enfin rendue.

Documents publiés par Amnesty International à ce propos :

- Côte d’Ivoire. Les femmes et les jeunes filles, victimes oubliées du conflit. Communiqué de presse (AFR 31/004/2007) - Rapport (AFR 31/001/2007)

- Paroles de femmes et de jeunes filles, victimes oubliées du conflit (AFR 31/002/2007)

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