Rappel des faits
Le 9 février, la police a interpellé Vieng Thi Hong chez elle, dans la province de Prey Veng. On pense que la jeune femme a été emmenée dans la capitale, Phnom Penh, pour y être interrogée. Étant donné qu’elle est liée à une affaire de meurtre très médiatisée, il y a fort à craindre qu’elle ne soit soumise à des mauvais traitements pendant sa garde à vue ; Amnesty International est extrêmement préoccupée par sa sécurité. Vieng Thi Hong vit dans le village n° 6 de la commune de Prek Sai Kar, situé dans le district de Peam Ro. Il s’agit de la petite amie de Born Samnang, arrêté le 28 janvier à Prey Veng pour le meurtre de Chea Vichea, un dirigeant syndical tué le 22 janvier dernier. La jeune femme avait été appréhendée en même temps que Born Samnang, avant d’être libérée, le surlendemain. D’après l’édition du 9 février du Cambodia Daily, un quotidien en langue anglaise, Vieng Thi Hong et sa mère, Nguyen Thi Noeung, ont fourni à Born Samnang un alibi crédible, selon lequel il ne se trouvait pas à Phnom Penh à l’heure du meurtre. Amnesty International est vivement préoccupée par la façon dont la police a enquêté sur cet homicide. Born Samnang a « avoué » le crime alors que, la veille, il avait publiquement clamé son innocence et s’était plaint de la brutalité dont la police avait usé pour le contraindre à passer aux « aveux ». Autre suspect dans cette affaire, Sok Sam Oeun, trente-six ans, a également affirmé que des représentants des autorités l’avaient battu pour obtenir des « aveux ». Ces déclarations ont été faites le 29 janvier, lors d’une conférence de presse donnée par la police devant les caméras de la télévision. Les deux hommes ont été exhibés en public, « avouant » leur culpabilité. Aucun représentant des Nations unies ou défenseur des droits humains n’a été autorisé à s’entretenir avec eux. Vieng Thi Hong est d’origine vietnamienne. Or, le Cambodge nourrit de longue date un sentiment antivietnamien qui, combiné aux fautes apparemment commises par la police dans l’affaire Chea Vichea, ne fait qu’exacerber les inquiétudes quant à la sécurité de cette jeune femme et celle de sa mère.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Au cours des mois précédant sa mort, Chea Vichea, défenseur des droits humains et président du Syndicat libre des travailleurs du royaume du Cambodge, avait reçu des menaces de mort, à l’instar d’autres militants de l’opposition. Il a été abattu en plein jour par deux hommes à moto dans une rue animée de Phnom Penh. Cet homicide marque une nette escalade de la violence politique en cette période de crise constitutionnelle et d’impasse politique au Cambodge. À l’issue du scrutin de juillet 2003, le Pracheachon (Parti du peuple cambodgien, PPC), dirigé par le Premier ministre Hun Sen, avait recueilli le plus grand nombre de voix, score qui s’avérait cependant insuffisant pour la formation d’un gouvernement. Des négociations ont donc été menées entre le Pracheachon et deux autres partis ayant également remporté des sièges, le Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif (FUNCINPEC) et le Parti de Sam Rainsy, mais elles ont été marquées par des difficultés et des tensions toujours plus vives. Aucun accord n’a été trouvé pour la constitution d’un nouveau gouvernement. Au sein de la communauté internationale, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner le meurtre de Chea Vichea. Cet homicide, de même que l’enquête de police qui a suivi, a créé un climat de peur dans la capitale cambodgienne et laissé s’installer le doute quant à la validité des investigations menées et au traitement réservé aux suspects.




