Olivier Blanc publiait en 1981 un premier ouvrage remarqué sur Marie-Olympe de Gouges (Marie Gouze, née à Montauban, 1748-1793), dramaturge, femme écrivain politique, personnalité-clef, émouvante, courageuse, sans égale dans la tourmente de la Révolution française. Par ce livre, aujourd’hui introuvable, il rétablissait pour la première fois la vérité sur la destinée tragique et hors du commun de cette figure féminine, d’envergure héroïque que l’historiographie conventionnelle avait remisée sous une étiquette caricaturale et privée de sa véritable essence. Séduit par le caractère franc et loyal de cette femme étonnante qui se dressa sans concession contre la barbarie résurgente d’une poignée d’hommes dont la probité politique « perdait du terrain » sur le plan des ambitions personnelles, Olivier Blanc reprend le fil interrompu, approfondit ses recherches, affine son enquête, poursuit un travail minutieux, impartial, afin d’apporter un éclairage plus aigu, plus sensible encore, tâchant de cerner au plus près les événements qui jalonnèrent cette légende et, de ce fait, lui restituer sa véritable dimension. S’appuyant sur des documents nouveaux et inédits, l’auteur touche au cœur de son sujet de prédilection, offrant ainsi à la mémoire tant calomniée de Marie-Olympe de Gouges une renaissance dans une urgence légitime. Il le fait avec un sens aigu de la justice et un esprit clairvoyant, qualités essentielles de son modèle historique. Elle fut considérée par certains - au même titre que Condorcet - comme une des voix les plus courageuses, les plus authentiques de la Révolution. Au cœur d’une époque ouverte à toutes les espérances, la « citoyenne » de Gouges n’avait d’autres intentions que« d’alerter l’opinion et de convaincre ses semblables de la valeur de l’engagement politique des femmes, concernées par les événements au même titre que les hommes ».C’est elle qui déclara non sans humour : « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit également avoir le droit de monter à la tribune ». Elle placarda régulièrement les murs de Paris en ébullition avec ses harangues politiques « afin que nul n’ignore ». Au fil de dix chapitres denses, concis et fort bien structurés, Olivier Blanc suit à la trace la « Vestale de la République » depuis « L’enfance occitane », passant par « Les années galantes », ses démêlés avec « Les comédiens du roi », incontournable mafia culturelle, « L’auteur patriote » et nous fait suivre pas à pas le cheminement spirituel et intellectuel de cette femme-écrivain qui se laissa gagner petit à petit par les grandes et alarmantes causes humanistes issues du siècle des Lumières. Elle s’insurgea contre le scandale de la pauvreté, des laissés-pour-compte de la société. Nous apprenons ainsi que Madame de Gouges prit parti contre l’esclavagisme (elle se battit farouchement, dès 1785, pour faire jouer sa pièce.« L’Esclavage des Nègres ou l’Heureux naufrage » à la Comédie-Française) malgré la pression toute-puissante des colons français. Elle réclama le droit de vote pour tous les citoyens, sans distinction de sexe, rédigea « Les Droits de la femme et de la citoyenne, dédié à la reine ». Elle proposa d’assurer la défense de Louis XVI, roi déchu, à son procès, s’opposa sans concession à la peine de mort, prôna la non-violence et fut une pionnière dans le domaine des propositions concrètes en matière de démocratie. Marie-Olympe, surnommée « l’Ange de la Paix », ne ménagea ni sa peine ni ses propres ressources financières pour soutenir le haut Idéal né du magma de la Révolution. Marie-Olympe fut sans relâche, à sa façon, une Cassandre annonçant le danger d’un retour imminent à une forme de dictature sanglante (elle brava ouvertement Robespierre avec une verve cinglante faisant pâlir certains contemporains qui la mettaient en garde contre la virulence de ses diatribes). Marie-Olympe fustigea la tiédeur des uns, se moqua avec drôlerie de l’outrance des autres. Cette femme éblouissante, ivre de liberté et d’équité universelle, cette femme intrépide et fière, amoureuse de l’Humanité, fut balayée à l’aube de la Terreur, condamnée à mort pour« avoir été trop idolâtre de la Révolution » par ceux-là même qui périrent sous le couperet quelques mois plus tard… Marie-Olympe de Gouges mourut sur l’échafaud, avec dignité et courage, le 3 novembre 1793. « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort ! » Telles furent ses dernières paroles car elle n’avait pas perdu complètement sa confiance dans le genre humain. Voilà un livre fort, utile, émouvant, qui nous parle à l’âme d’un des plus beaux profils féminins de l’Histoire de France. Agrémenté de belles illustrations, cet ouvrage solide, cohérent, bien documenté gomme d’un trait vif, intelligent, empreint de compassion, les erreurs accumulées par tant de plumes malveillantes qui alignèrent au fil du temps de tristes lieux communs anti-féministes. A la lumière de ce que nous déplorons encore de nos jours, ce ne fut pas un vain combat et malgré quelques progrès sensibles dans le domaine des Droits fondamentaux, force est de constater qu’il y a encore un long chemin à parcourir.
Merci Olivier Blanc pour la beauté de votre geste. Vous faites partie de la Famille discrète et efficace de ceux qui n’acceptent jamais la fatalité et la pensée toute faite. Merci pour nous tous. Ce livre d’un homme d’aujourd’hui qui nous parle d’une femme d’hier qui s’est battue à mort pour la cause humaniste de demain et de toujours m’a fait pleurer d’Amour.
Eric Parisis 6 janvier 2004





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