Lorsque je faisais des recherches dans le village de Deir El Basha, en Haute Egypte, j’ai rencontré une mère, Um Yousef. Elle m’a dit « Je n’ai pas fait exciser ma fille. C’était la première fillette du village qui n’a pas été pas excisée. Lorsqu’elle s’est mariée, tout le monde pensait qu’elle serait renvoyée le jour suivant. Et lorsqu’elle a eu son premier enfant, tout le monde demandait « Le bébé, est-il normal ? » Il y a maintenant beaucoup de jeunes mariées qui ne sont pas excisées dans notre village. » Um Yousef a créé un précédent important. Aujourd’hui, le 10 décembre c’est pour être précis le jour anniversaire de la treizième année que les excisions ont cessé à Deir El Basha.
J’ai rencontré une autre jeune femme dans le village, Nadia. Elle m’a raconté qu’elle suivait un cours qu’on appelait ‘Le nouvel horizon’ pour informer les femmes sur les questions de santé et les dangers de l’excision. Nadia : « Lorsque j’ai assisté pour la première fois à un cours, j’avais quatorze ans et étais déjà excisée. Mais j’ai décidé de me battre pour que mes jeunes sœurs ne suivent pas le même chemin de souffrances. Comme mon père était à l’étranger, cela a été moins difficile de convaincre ma mère. Quand ma sœur a été sur le point de se marier, ma mère est devenue extrêmement nerveuse. Elle m’a reproché d’avoir détruit l’avenir de ma sœur. A vrai dire, j’avais moi aussi très peur. Mais ma sœur est mariée depuis 3 ans. Et mes cousines et bien d’autres jeunes femmes dans notre rue ne sont pas excisées. »
L’excision est une pratique qui détruit les organes sexuels des jeunes filles. Le seul but est de contrôler leur comportement sexuel. Quelque soit la manière dont l’excision est pratiquée, c’est une violation des droits humains des femmes. C’est une forme de violence contre les femmes. Souvent on avance que l’excision est pratiquée par des femmes sur des femmes. Ce n’est pas vrai. Lorsque les femmes ont la chance de pouvoir refuser, elles le font et avec force.
Les campagnes ont changé les choses dans mon pays. En 1996, le Ministère de la santé a interdit pour la première fois aux médecins de pratiquer des excisions, dans les hôpitaux publics et les cliniques privées. En 1997, la Cour suprême a rendu un arrêt très important selon lequel les excisions n’étaient pas une pratique islamique. La position des gens est en train de changer. Autrefois les femmes cachaient qu’elles n’étaient pas excisées. Et aujourd’hui, c’est de plus en plus le contraire.
Le chemin à parcourir est encore très long. Mais nous ne doutons plus de pouvoir faire changer les choses.
Extrait de « 10 décembre-10 femmes-10 histoires » Amnesty International NL - 2004.





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