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Les juges donnent toujours raison aux militaires

lundi 11 juillet 2005, par Françoise Guillitte

Lorsque nous étions avec une délégation d’Amnesty au Darfour, à l’ouest du Soudan, nous avons recueilli les témoignages de femmes. Des femmes qui avaient fui à cause des bombardements. Une jeune fille de dix-sept ans avait été violée par six hommes sous les yeux de sa mère. Une femme avait vu comment sa sœur, une femme de 43 ans, qui avait résisté à un viol, avait été immédiatement exécutée. Nous avons aussi parlé avec une jeune fille que nous appèlerons Haya. Elle était de la tribu des Four. Son histoire était particulière mais pas plus que celles de bien d’autres femmes que nous avons entendues.

Le village de Haya avait été attaqué au début de l’année par l’armée. Des soldats l’avaient enlevée ainsi que 46 autres jeunes filles. Il y avait à peu près une centaine d’hommes en uniforme qui se les partagèrent. Ils amenèrent Haya dans un bois où elle fut violée par six hommes. Ensuite, un camion militaire la conduisit ainsi que les autres jeunes filles à la ville. Là, elles furent encore une fois attribuées, une fille par militaire. Le militaire qui choisit Haya était un homme de troupe, originaire de la tribu des Shaigi. Il utilisait Haya comme bonne et comme esclave sexuelle. Il n’en avait absolument pas honte. Quelque temps après, il l’emmena par avion militaire, dans sa famille à Khartoum, la capitale. Il disait qu’ils étaient mariés. Elle est restée quatre mois à Khartoum. Le soldat avait donné des instructions strictes à sa famille de la garder dans la maison.

Un jour il l’emmena chez un autre de ses parents. En chemin, Haya rencontra une femme qui comme elle, parlait le four. Cette femme était absolument étonnée de rencontrer une Four mariée à quelqu’un de la tribu des Shaigi. Haya lui raconta toute l’histoire. Cette femme pouvait l’aider car elle savait qu’une tante de Haya, vivait dans les environs. Haya n’avait qu’à demander au soldat la permission de rendre visite à sa tante. Celui-ci donna son accord et Haya alla voir sa tante. La famille d’Haya alla le trouver et l’accusa de viol, ce qu’il nia. Mais quelques hommes de la tribu des Four insistèrent jusqu’à ce que le soldat dise la vérité. Il reconnut qu’il n’était pas marié avec Haya mais il voulait bien régulariser la situation. Mais les membres de la famille de la tante de Haya ne voulaient plus la laisser partir. Ils se rendirent au Centre pour les droits de l’homme à Khartoum qui déposa un recours devant le tribunal contre le soldat. Celui-ci prit un avocat qui lui aussi introduisit un recours car il disait que Haya et lui étaient bel et bien mariés.

A la fin, une organisation caritative vint en aide à Haya et l’amena à une adresse secrète où elle attend maintenant le résultat de son procès. Elle n’a pas beaucoup d’espoir car les juges donnent toujours raison aux militaires, mais pour l’instant elle est en sécurité.

Extrait de « 10 décembre-10 femmes-10 histoires » Amnesty International NL - 2004.

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