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La cause des droits humains en Tunisie a besoin de Radhia

mardi 16 décembre 2003, par Françoise Guillitte

Radhia Nasraoui et son époux Hamma Hammami Voici le témoignage de Xavier Hoornaert, Premier Echevin de la commune de Chaumont-Gistoux. Cette commune de Belgique a attribué le titre de citoyenne d’honneur à Radhia Nasroui.

Chers amis,

Le mercredi 5 novembre dernier, à l’occasion d’un voyage privé, j’ai rencontré longuement Radhia Nasraoui dans son appartement de Tunis.

Radhia est apparue affaiblie mais toujours aussi volontaire pour mener à bien son combat. Comme à tous ses interlocuteurs, elle a systématiquement opposé sa dignité à sa santé. Elle m’a redit toutes les mesures d’harcèlement dont elle est l’objet. Il s’agit de mesquineries perpétuelles, quotidiennes qui la mettent sous pression et qui l’empêchent de mener à bien son activité d’avocate et ses actions pour la défense des droits de l’homme. Selon elle, ces mesures se sont multipliées depuis qu’elle a créé une Association tunisienne de lutte contre la torture.

Sur deux murs de son living, Radhia a affiché, outre ses revendications, les nombreux messages de solidarité reçus d’un peu partout. Ces messages sont fondamentaux pour son moral et pour que le pouvoir tunisien se rende compte que Radhia est soutenue par de nombreuses personnes voire institutions en Tunisie et en Europe.

Au moment où je l’ai rencontrée, elle recevait chaque jour la visite du Bâtonnier du barreau de Tunis. Au cours des 4 heures passées à ses côtés, elle a reçu de nombreuses communications téléphoniques de soutien. Ce qui m’a particulièrement impressionné c’était la présence, à mon arrivée, de camarades de luttes, dont certains venaient de la frontière algérienne, eux-mêmes condamnés à plusieurs années de prison pour activités politiques ou syndicales réprimées. Ce furent aussi, outre la visite de la maman de Radhia, les visites d’un collègue avocat, du président d’Amnesty international Tunisie et, de manière extraordinaire, huit jeunes étudiants de Tunis qui prenaient ainsi le risque de rencontrer une opposante dont l’appartement, les visites et les communications téléphoniques sont surveillés.

Radhia m’a redit combien était appréciable le fait que la Commune de Chaumont-Gistoux l’ait déclarée citoyenne d’honneur. Le diplôme remis à cette occasion est placé en évidence.

J’ai aussi rencontré deux enfants de Radhia ainsi que son mari Hamma Hamami. Ce dernier ne peut pas travailler. Il n’est pas en liberté surveillée même si ses déplacements sont repérés. Il peut voyager à l’étranger (il s’est rendu en Turquie avec Radhia, il y a quelques mois). Il ne reçoit aucun courrier à son nom à son domicile.

En quittant Radhia, je me suis permis, une fois de plus, de lui demander de préserver sa santé. Ma conviction est que la cause des droits de l’homme en Tunisie a besoin d’une Radhia en pleine possession de ses moyens pour poursuivre la lutte pour les droits fondamentaux.

Le jeudi 6 novembre 2003, j’ai rencontré Nejib Chabbi, président de l’un des partis d’opposition « reconnus mais pas tolérés ». Le Parti Démocrate Progressiste n’a pas de parlementaire. N. Chabbi est avocat. A 25 ans, il a été condamné à 33 ans de prison (condamnations cumulées). Exilé puis clandestin durant 3 ans dans son pays avec le soutien de Radhia Nasroui, N. Chabbi parle avec sérénité mais avec force des restrictions politiques et syndicales, de la répression et des droits fondamentaux non respectés. Il m’a expliqué comment le journal hebdomadaire édité par son parti est empêché de diffusion par la police politique. Il ne comprend pas que la Tunisie qui souhaite des relations approfondies avec l’Europe refuse toute ouverture politique. Il m’a fait part de la désespérance de la jeunesse tunisienne dont une partie prend le risque de quitter le pays via des « boat people » à travers la Méditerranée. Repris par la police, N. Chabbi les retrouve sur les bancs des tribunaux. N. Chabbi souhaite se présenter aux élections présidentielles de 2004. Tout est fait pour l’en empêcher. La veille de notre rencontre, et à l’occasion de l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Ben Ali, son parti avait organisé une réunion d’évaluation sur le « bilan Ben Ali ». Environ 150 personnes ont participé à cette réunion « surveillée ».

A Radhia ainsi qu’à N. Chabbi, je leur ai signalé, sur la base d’un article de presse du Soir relatant l’action d’Elio Di Rupo, que lors du dernier Congrès de l’Internationale socialiste, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de Ben Ali, avait « officieusement » été mis sur une liste noire des partis dont l’adhésion à l’IS pose problème. Evidemment, cette nouvelle fut accueillie avec satisfaction car le RCD utilise très souvent cette caution.

Au cours de mon séjour, je me suis « imprégné » de la presse tunisienne. Cette lecture a été indigeste. Toutes les infos politiques tournaient autour de l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Ben Ali et de son bilan « grandiose » depuis 1987. Aucune critique. Aucun parti d’opposition n’a la parole. Le style utilisé pour magnifier le travail réalisé m’a fait penser à une autre littérature politique, tout aussi imbuvable, celle utilisée par le dictateur roumain Ceausescu.

Voilà mon petit bilan de mes rencontres militantes en Tunisie.

Mes pensées vont à Radhia.

Xavier Hoornaert - Premier Echevin - Commune de Chaumont-Gistoux - Rue du Warichet, 9 - 1325 Chaumont-Gistoux - Belgique.

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1 Message

  • > La cause des droits humains en Tunisie a besoin de Radhia Le 10 janvier 2004 à 16:35 , par martine Hautot

    A la lecture de ce témoignage,je constate une fois de plus que le courage des femmes permet d’espérer encore en l’avenir.Comme le montre aussi l’action de Shirin Ebadi en Iran, se former sur le plan juridique est essentiel pour la défense des droits de l’homme.

    M.HAUTOT

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