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Joan Penaflorida, domestique philippine au Liban

lundi 11 juillet 2005, par Françoise Guillitte

Joan n’est pas une femme qu’on remarque, une femme qui attire les regards dans la rue. Mais elle a de la volonté et du courage.

Son histoire commence il y a quelques années lorsque elle reçoit une offre intéressante d’une agence pour l’emploi officielle. On lui proposait de travailler au Liban comme gouvernante dans une famille. Son salaire était de 200 dollars et c’était beaucoup plus que ce qu’elle gagnait à ce moment là en tant qu’assistante de marketing aux Philippines. Et elle n’ était pas la première à aller travailler à l’étranger. Au moins 500 000 femmes le font chaque année aux Philippines. On lui a dit qu’on règlerait tout pour elle. Seulement ce n’était pas vrai. A l’aéroport, un visa de tourisme l’attendait. Pourquoi un tel visa, elle avait un emploi fixe, non ?

Cet emploi, elle l’a eu mais ce n’était pas ce qu’on lui avait promis. C’était un emploi de domestique. Elle a travaillé un certain temps, puis elle est retournée à l’agence pour demander des explications. Au lieu de trouver de l’aide, elle a passé dix jours en prison où on la battait et lui donnait des coups de pied. Elle avait le choix : ou retourner travailler pour son employeur ou sauter par la fenêtre. Et si elle refusait les deux options, elle récolterait dix ans de prison pour n’avoir pas respecté son contrat. La femme de l’agence lui déclara : « On peut faire tout ce qu’on veut de vous. ». Donc Joan est retournée au travail où elle est restée deux semaines avant d’être placée dans une autre famille. Là, elle devait s’occuper de deux jeunes enfants, douze heures par jour. On ne lui donnait que du pain à manger. Elle ne recevait aucun salaire parce que, selon l’agence, elle avait rompu son contrat et devait pour cela rembourser ses dettes. Des mois plus tard, on lui a remis en une fois deux cents dollars qu’elle a envoyés chez elle par l’intermédiaire de l’agence qui en garda une bonne partie. Alors elle est partie juste avec son sac, dix dollars en poche et l’adresse de l’ambassade des Philippines. Elle a attendu des heures. La femme de l’ambassade lui dit alors « Tu n’aurais pas du t’enfuir. Tu es juste un peu surmenée. Tu n’as même pas été violée. » Et il lui fallait payer une grosse somme parce qu’elle s’était enfuie. Pouvait elle taper à la machine ? demanda la femme, dans ce cas elle pouvait travailler pour l’ambassade. Ce qu’a fait Joan.

Travailler pour l’ambassade lui a ouvert les yeux. Tous les jours elle lisait les lettres d’autres femmes qui comme elle, étaient employées comme bonnes. Des lettres sur leurs mauvais traitements. Ha, ce n’est que le mal du pays disait-on à l’ambassade et personne ne faisait rien. Même les viols étaient minimisés. Cela faisait partie de la culture locale disait-on. Joan découvrit que la femme de l’ambassade était amie avec celle de l’agence. C’est alors que les parents de Joan ont adressé une lettre au président des Philippines, une femme elle aussi. Car Joan était désespérée : l’ambassade ne la payait pas, le dimanche elle devait mendier sa nourriture dans la rue car à l’ambassade on ne lui donnait que du pain et du poisson. Un jour enfin, on lui a permis de retourner chez elle. Et maintenant elle a porté plainte contre l’agence et l’ambassade. L’affaire n’est pas encore terminée mais Joan est passée à la télévision. Et s’il n’en tient qu’à elle, toute la lumière sera faite.

Extrait de « 10 décembre-10 femmes-10 histoires » Amnesty International NL - 2004.

5 Messages de forum

  • Situation critique des domestiques au Liban Le 29 août 2005 à 21:24 , par Racha

    Il est certain que les domestiques, Philippines et Srilankaises, sont souvent maltraitées et sous-payées au Liban.

    Je suis moi-même Libanaise, et je suis révoltée par la situation de ces femmes dans mon pays. D’autant plus que je n’ai entendu aucune voix s’élever contre ce racisme manifeste.

    Dans les familles qui reçoivent ces domestiques, il va de soi que les papiers sont réquisitionnés dès l’arrivée, et que les femmes sont enfermées à la maison lors de l’absence des « Mister » et « Madame ». De plus, les Srilankaises n’ont pas d’horaires de travail fixes, et elles sont soumises à la volonté de leurs employeurs.

    Inutile de dire qu’elles n’ont pas le droit de circuler librement, et de rencontrer qui elles veulent. Je n’ose même pas imaginer ce qui se passerait dans le cas où une Srilankaise tombait enceinte en travaillant au Liban...

    Ce qui me choque plus que tout c’est que les Libanais acceptent cette situation, au point où pour eux il y a désormais fusion entre le mot « Srilankaise » et le mot « domestique ».

    Tous les domestiques ne sont pas maltraités, bien sûr... Et les graves cas de viol et d’autres violences ne sont pas de coutume, heureusement...

    Mais le problème réside justement dans le fait que le sort du domestique dépend de la famille d’accueil. Il devrait y exister une structure qui défende les droits des domestiques au Liban, et il faudrait aussi que le pays d’origine s’implique plus qu’il ne le fait. Car les agences qui recrutent ces Srilankaises et Philippines savent très bien ce qui les attend au Liban...

    Je ne sais pas si de telles structures existent déjà ? Y a-til des associations libanaises qui dénoncent ce racisme ?

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  • > Joan Penaflorida, domestique philippine au Liban Le 1er décembre 2005 à 11:25 , par Véronique

    je suis scandalisée, non, le mot n’est pas assez fort, horrifiée, par cet article... Comment une agence officielle, d’un pays a priori « transparent » et proche de l’Occident, peut-elle impunément avoir un tel comportement ? C’est intolérable !!!

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  • > Joan Penaflorida, domestique philippine au Liban Le 1er décembre 2005 à 16:33 , par marie-Josée Cantin-Giri

    Je tiens à manifester mon admiration et ma « sororité » à Joan pour son courage face à ces comportements indignes, hélas dûs à des femmes, et sa détermination. Je la félicite d’avoir porté plainte. Il y a tant d’années que des femmes courageuses quittent ce pays pour pouvoir aider leur famille et sont cyniquement exploités par les employeurs, des notables en général.
    Joan je suis allée une fois dans votre pays. J’ai été bouleversée par la dignité et le courage d’une femme qui vivait avec son petit dans une caisse sur le trottoir au pied de l’hotel où je logeais. Je lui achetais des mangues qu’elle pelait et découpait en fleur de lotus. Je pense souvent à elle je penserai à vous.
    Avec beaucoup d’amitié.

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  • > Joan Penaflorida, domestique philippine au Liban Le 1er décembre 2005 à 21:21 , par Nicole Orabn

    Vous êtes une femme extraordinaire. Grâce à vous, l’humanité évoluera et le respect que l’on doit à tout être humain également.
    Tenez bon,je vous admire
    Nicole Orban

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    • > Joan Penaflorida, domestique philippine au Liban Le 6 décembre 2006 à 03:42 , par Sarah

      Je suis une libanaise, qui depuis mon enfance a accueilli sans son foyer deux femmes une sirilankaise et une philippinaise. Elle travaillait de 7h à 21h mais effectivement ne travaillait que de 7h à 10h puis de 13h a 15h30 et de 18h à 21H30... je ne dis pas que c’est facile de devoir être disponible de 7H A 21h mais elles recevaient un salaire de 350$ (sachant que des bac+5 au liban touche 500$ en moyenne ! elles avaient le dimanche en repos et elle pouvait faire tout ce qu’elle voulait de leur temps libre ! rencontrer qui elles voulaient l’une d’entre elles avait son copain au Liban et donc allait souvent le voir pendant ses heures ou journées de repos ! il faut pas criez au scandale je suis consciente que toutes les femmes ne sont pas traités de cette maniere mais celles qui etaient chez nous mangeait la meme nourriture que nous et se mettaient avec nous à table sauf quand on recevait ! elles suivaient également une formation en couture ... ca me désole de voir que tout le monde malheuresement n’est pas traité de la même manière mais toutes les familles libanaises que je connaissent qui emploi chez eux des femmes philipinaises ou sirilankaises ou ethopiennes les traitent de la meme maniere... bien sur les cons sont la ils sont partout. je voudrais juste qu’on arrête de dire que le Liban surexploite ses personnes et les traitent comme des esclaves ! car ce n’est pas le cas le harcèlement existe meme en france l’exploitation aussi ! Alors bien sur des cas il y en a mais faut pas en faire une généralité parlez je vous prie du cas par cas et non pas d’un traitement de tout un pays envers les personnes de ses nationalités !
      Merci !
      Sarah (franco-libanaise)

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