Joan n’est pas une femme qu’on remarque, une femme qui attire les regards dans la rue. Mais elle a de la volonté et du courage.
Son histoire commence il y a quelques années lorsque elle reçoit une offre intéressante d’une agence pour l’emploi officielle. On lui proposait de travailler au Liban comme gouvernante dans une famille. Son salaire était de 200 dollars et c’était beaucoup plus que ce qu’elle gagnait à ce moment là en tant qu’assistante de marketing aux Philippines. Et elle n’ était pas la première à aller travailler à l’étranger. Au moins 500 000 femmes le font chaque année aux Philippines. On lui a dit qu’on règlerait tout pour elle. Seulement ce n’était pas vrai. A l’aéroport, un visa de tourisme l’attendait. Pourquoi un tel visa, elle avait un emploi fixe, non ?
Cet emploi, elle l’a eu mais ce n’était pas ce qu’on lui avait promis. C’était un emploi de domestique. Elle a travaillé un certain temps, puis elle est retournée à l’agence pour demander des explications. Au lieu de trouver de l’aide, elle a passé dix jours en prison où on la battait et lui donnait des coups de pied. Elle avait le choix : ou retourner travailler pour son employeur ou sauter par la fenêtre. Et si elle refusait les deux options, elle récolterait dix ans de prison pour n’avoir pas respecté son contrat. La femme de l’agence lui déclara : « On peut faire tout ce qu’on veut de vous. ». Donc Joan est retournée au travail où elle est restée deux semaines avant d’être placée dans une autre famille. Là, elle devait s’occuper de deux jeunes enfants, douze heures par jour. On ne lui donnait que du pain à manger. Elle ne recevait aucun salaire parce que, selon l’agence, elle avait rompu son contrat et devait pour cela rembourser ses dettes. Des mois plus tard, on lui a remis en une fois deux cents dollars qu’elle a envoyés chez elle par l’intermédiaire de l’agence qui en garda une bonne partie. Alors elle est partie juste avec son sac, dix dollars en poche et l’adresse de l’ambassade des Philippines. Elle a attendu des heures. La femme de l’ambassade lui dit alors « Tu n’aurais pas du t’enfuir. Tu es juste un peu surmenée. Tu n’as même pas été violée. » Et il lui fallait payer une grosse somme parce qu’elle s’était enfuie. Pouvait elle taper à la machine ? demanda la femme, dans ce cas elle pouvait travailler pour l’ambassade. Ce qu’a fait Joan.
Travailler pour l’ambassade lui a ouvert les yeux. Tous les jours elle lisait les lettres d’autres femmes qui comme elle, étaient employées comme bonnes. Des lettres sur leurs mauvais traitements. Ha, ce n’est que le mal du pays disait-on à l’ambassade et personne ne faisait rien. Même les viols étaient minimisés. Cela faisait partie de la culture locale disait-on. Joan découvrit que la femme de l’ambassade était amie avec celle de l’agence. C’est alors que les parents de Joan ont adressé une lettre au président des Philippines, une femme elle aussi. Car Joan était désespérée : l’ambassade ne la payait pas, le dimanche elle devait mendier sa nourriture dans la rue car à l’ambassade on ne lui donnait que du pain et du poisson. Un jour enfin, on lui a permis de retourner chez elle. Et maintenant elle a porté plainte contre l’agence et l’ambassade. L’affaire n’est pas encore terminée mais Joan est passée à la télévision. Et s’il n’en tient qu’à elle, toute la lumière sera faite.
Extrait de « 10 décembre-10 femmes-10 histoires » Amnesty International NL - 2004.





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