
Q : Justine, vous êtes de passage à Bruxelles, quelle est la situation actuelle à Goma ? R : La situation n’est pas bonne là-bas, il y a environ 800.000 déplacés, toujours des recrutements d’enfants soldats et des viols des femmes. Il y a trop d’insécurité. Et les femmes sont en première ligne, ce sont elles qui s’occupent de tout : les hommes qui travaillent ne sont pas payés, les femmes doivent se débrouiller au péril de leur vie, malgré les viols, attaques et autres épreuves et humiliations.
Q : La Conférence de la Paix s’est tenue en janvier dernier, en ressentez-vous les effets ? R : La situation empire depuis la conférence pour la Paix. En effet, on n’a pas dit ce qui devait être dit. Et les responsabilités n’ont pas été posées. La guerre du Rwanda s’est propagée en RDC et NKUNDA, chef des milices CNDP, est pro-Kagame. Les accords de Naïrobi ne sont pas appliqués et on a toujours des problèmes de mauvaise gouvernance. Depuis les élections, rien n’a été fait pour changer les choses. On espère des élections locales en 2009 mais on a l’impression que certaines personnes ne souhaitent pas qu’elles aient lieu.
Q :Pourquoi ? R :Ce serait un vrai pas vers une démocratie et de ça ils ne veulent pas. Tous ces éléments posés, on ne peut qu’être inquiet.
Q : Vous semblez pourtant croire en le programme AMANI ? R : Oui, on voudrait y croire car ce serait l’idéal pour retrouver la PAIX. L’Abbé MALU-MALU tente le maximum, il essaie mais a peu de moyens : son crédit international lui sert malgré le fait qu’il ne soit pas assez soutenu par le gouvernement qui ne montre pas l’exemple. Prenez l’industrie minière : le Nord Kivu est le grenier du Congo. Or, on a rien gagné avec les nouveaux contrats, c’est tout pour le gouvernement ou l’extérieur et rien pour la population. Comment voulez-vous retrouver la sécurité ?
Q :Que voulez-vous dire par extérieur ? R : Des mines de Walikalé partent chaque jour 32 « rotations » vers le Rwanda alors que la population sur place subit une situation de vie insupportable ; pas d’écoles, pas de sanitaires, pas d’infirmeries.
Q : Que faites-vous à Synergie ? R : Les femmes ignorent leurs droits et de toute façon, on ne les respecte pas. Nous voulons leur redonner la place qu’elles méritent, et surtout à celles qui ont subit toutes ces injustices. Synergie existe depuis 2003 et s’occupe de la prise en charge de victimes de la violence au niveau médical, psycho-social, judiciaire, ainsi que leur réinsertion économique.
Q : Comment travaillez-vous concrètement ? R : Nous avons 35 Conseillères dans les villages, qui sensibilisent, identifient les victimes et les écoutent. Elles le font au péril de leur vie, elles sont couramment menacées par des groupes armés qui estiment qu’elles dénoncent les exactions qu’ils commettent. Il faut les protéger autant que possible et on essaie de les renforcer avec le soutien des réseaux communautaires existant sur place. Nous formons ainsi une complémentarité des ressources, forces et compétences avec plusieurs ONG de femmes sur le terrain.
Q : Travaillez-vous également avec les auteurs ? R : Il ne faut pas seulement travailler avec les femmes, mais aussi avec les auteurs de viols. 80% des auteurs de viols sont des porteurs d’armes , on a donc organisé des réseaux communautaires avec tous les acteurs de terrain et on leur a expliqué comme il est important de travailler sur les violences, parce qu’ une femme violée est une femme rejetée par sa communauté et il faut la remettre sur pieds. Nous aidons donc les femmes violées en les informant de leurs droits, en leur donnant des kits de 72 heures. Nous insistons également sur l’importance de la sensibilisation et la vulgarisation du Droit (la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes, la Résolution 1325 du Conseil de sécurité qui porte sur la participation des femmes aux processus de rétablissement et de consolidation de la paix, et la Résolution 1820 qui exige de toutes les parties à des conflits armés qu’elles mettent immédiatement et totalement fin à tous actes de violence sexuelle contre des civils).
Depuis 2003 on a accompagné 8000 femmes ; seulement 220 ont osé porté plainte et on n’a obtenu que 68 jugements.
Q :Pourquoi ? R : car il y a ingérence des autorités locales dans la justice. Un auteur de viols est peut être le beau-frère du Président du tribunal alors il ne sera pas poursuivi. La distance entre l’endroit où les faits sont commis et le lieu où la justice est rendue est aussi un obstacle. Sans parler des représailles extrêmement fréquentes et le manque de moyens qui paralyse le bon cours de la justice.
J’ai moi-même été attaquée le 18 septembre 2007. Le 20 j’ai porté plainte mais il fallait que je paie 5 dollars pour qu’on prenne note de ma plainte. On m’a ensuite demandé 10 dollars pour le déplacement ; il a fallu fournir le papier et les bics pour l’enregistrement…j’ai abandonné ! Autre problème : les frais d’exécution d’un jugement : la femme victime doit verser 15% de ce qu’elle touchera de dommages et intérêts dans les comptes du Trésor public, ce qui est impossible. Amnesty International doit nous aider dans le plaidoyer pour mettre fin à cette mesure.
Q : Que peut-on faire encore pour vous aider ? R : Le fait de vous intéresser à nous est déjà beaucoup. Il est important d’avoir du soutien d’Amnesty et de la Communauté internationale, cela nous donne davantage confiance en nous ; on est reconnu par nos paires et cela peut nous protéger si on essaie de nous attaquer. Il ne faut pas que la situation des femmes dans l’Est de la RDC soit ignorée. Financièrement, nous fonctionnons avec très peu de moyens. Le soutien de Front Line nous permet de garder un contact hebdomadaire avec nos conseillères sur le terrain alors que parfois toute communication est interrompue. Nous rechargeons leur carte de GSM chaque mois. Et cela peut parfois leur sauver la vie.
AGISSEZ EN FAVEUR DE JUSTINE
Adressez le modèle de lettre ci-dessous aux autorités congolaises






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