Alexa a été amenée en Grèce depuis un pays d’Europe de l’Est. Elle a expliqué à Amnesty International, en janvier, qu’elle avait voulu échapper à une vie difficile et trouver un travail qui lui permettrait de soutenir financièrement ses proches. Un ami de sa famille l’a mise en contact avec des gens qui devaient l’« aider à émigrer ». Ces gens étaient en fait des trafiquants d’êtres humains. Elle dit qu’ils l’ont contrainte à se prostituer, lui ont fait subir des sévices physiques et psychologiques et l’ont revendue au moins trois fois à d’autres trafiquants.
Alexa a été arrêtée par la police parce que ses papiers n’étaient pas en règle. Elle s’est aperçue en détention qu’elle était enceinte – elle avait été forcée à avoir des rapports sexuels non protégés avec des clients. Elle a avorté puis a été ramenée en détention. Elle a souffert d’une hémorragie qui a duré plusieurs jours. Elle n’a reçu aucun soin, jusqu’au jour où une autre détenue l’a mise en relation avec un foyer accueillant des femmes victimes de traite, géré par une organisation non gouvernementale (ONG).
Les autorités grecques ont proposé à Alexa de la protéger, à condition qu’elle accepte de coopérer en témoignant devant la justice contre ceux qui l’ont exploitée. Cela représente une épreuve effrayante pour la jeune femme. « Maintenant, j’ai vraiment peur », a-t-elle confié à Amnesty International. Elle craint tellement les trafiquants qu’elle sort rarement du foyer.
Selon certaines ONG, le nombre de femmes victimes de traite à des fins de prostitution a décuplé en dix ans en Grèce. Le gouvernement a réagi en adoptant une série de lois, mais comme la plupart de ces femmes ne sont pas correctement identifiées, elles ne reçoivent aucune protection ni aucune aide. Si certaines ont été arrêtées et expulsées, la grande majorité reste cachée. Les trafiquants sont rarement traduits en justice et les victimes de leurs activités criminelles n’ont aucun moyen d’obtenir justice et réparation.
Les victimes de cette forme moderne d’esclavage doivent payer le prix fort pour obtenir une protection. Comme dans le cas d’Alexa, cette protection ne leur est accordée qu’à condition qu’elles acceptent de « coopérer », c’est-à-dire, la plupart du temps, de témoigner au procès de leurs exploiteurs. Mais ces femmes ne bénéficient ni d’un programme efficace de protection des témoins, ni de la possibilité d’aller vivre dans un autre pays où elles pourraient être à l’abri d’éventuelles représailles.




