Je suis encore là. Je suis en vie. Ils voulaient me tuer, les hommes de ma famille. Car les gens ont commencé à dire du mal de moi et c’est mauvais pour la famille. Ma belle-sœur m’a dit ‘Ils vont te tuer’. J’étais terrifiée, et alors, je me suis enfuie.
Vous savez il y avait déjà eu une femme assassinée dans ma famille, une belle-sœur. On avait dit du mal d’elle et cela avait suffi pour qu’on l’assassine. Ils ont d’abord essayé de l’étrangler et comme elle résistait, ils l’ont tuée avec un pistolet. Cela s’est passé sous les yeux de toutes les femmes et tous les enfants de la famille. Le mari de la femme assassinée en a pris pour trois ans de prison. Maintenant il est libre, il s’est remarié et a des enfants. Il avait déjà des enfants de son précédent mariage. C’est moi qui m’en occupe à présent. Il s’en désintéresse.
Mes problèmes ont commencé avec le neveu de mon mari. Il me poursuivait, au téléphone, par des regards, partout où je le rencontrais. Il disait qu’il m’aimait et qu’il voulait avoir des relations sexuelles avec moi. J’essayais de garder le secret mais ma belle-mère a eu des soupçons à cause des coups de téléphone. Je lui ai expliqué ce qui se passait mais elle n’a pas voulu m’aider. Elle aussi, elle avait peur. Tout le monde avait peur ! Le neveu a continué ses avances. Il disait : ‘Si tu ne te donnes pas à moi, je ferais en sorte que tu sois tuée.’ Il a commencé à répandre des rumeurs sur moi. Ces rumeurs dans le village ont été suffisantes pour que le conseil de famille se réunisse. Le chef du conseil de famille a déclaré qu’il devrait me tuer s’il voulait encore vivre avec honneur dans le village. Je serais autrement un mauvais exemple pour les autres femmes, ses affaires iraient mal et sa réputation serait entachée. C’est ce que ma belle-sœur avait entendu dire et elle m’a alors mise en garde.
C’est Ahmet, un membre de la famille qui m’a aidée. Il avait vécu un certain temps en Europe. Il a pris contact avec KA-MER, une organisation qui vient en aide aux femmes qui sont dans la même situation que moi. KA-MER a organisé des rencontres avec le conseil de famille, avec mon mari, avec mon frère et avec la famille du neveu de mon mari. Ils ont beaucoup discuté. On a fait des déclarations solennelles dans lesquelles les mots ‘honneur’, ‘dignité’ et ‘vertu’ revenaient souvent. De temps en temps j’étais présente pour donner ma version des faits.
Finalement le conseil de famille a décidé que j’étais innocente. Mon mari m’a défendue car il a toujours cru en mon innocence. C’est ce qui m’a sauvé la vie. Mais maintenant tout le village le montre du doigt et lorsqu’il se promène, les gens tournent la tête.
Quant à moi, je ne fais presque rien de toute la journée. Je fais seulement le ménage et je reste à la maison. Je suis mariée depuis longtemps avec mon mari. Mon père nous a obligé à nous marier lorsque j’avais 10 ans. J’ai eu cinq enfants mais deux sont morts juste après la naissance. Mon mari, il ne sait plus ce qu’il soit faire. Il m’aime mais son milieu exerce beaucoup de pressions sur lui. Il est tiraillé et il réagit de temps à autre sur moi. Mais je suis encore là. Et je vis.
Extrait de « 10 décembre-10 femmes-10 histoires » Amnesty International NL - 2004.





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