Le rapport d’Amnesty International cite le cas de tant de femmes dans son rapport sur la situation à Ciudad Juárez, dans le nord du Mexique, à la frontière américaine. Depuis 10 ans, plus de 370 femmes y ont été tuées ou ont disparu. Nous savons que 137 d’entre elles ont subi des sévices sexuels avant de mourir. Il s’agit presque toujours de femmes employées dans les usines locales. Il n’y a qu’un nom étranger sur la liste, celui de ma fille Hester. Elle a été retrouvée morte, sous un lit, dans une chambre d’hôtel, à Ciudad Juárez. Cela fait plus de six ans.
Nous avions juste auparavant traversé une gorge magnifique au nord du Mexique. Hester avait 28 ans et venait de terminer ses études d’architecte à Delft. Elle voulait, après notre voyage au Mexique, rester six mois aux Etats-Unis pour étudier l’architecture et trouver un stage. Par quelle ville devait-elle passer pour traverser la frontière ? A l’aller, elle était passée par Tijuana, mais l’atmosphère y était lugubre. C’est pourquoi, nous avons choisi Ciudad Juárez sur la carte. Dans les guides de voyage, on ne dit rien sur ce qui se passe dans cette ville.
Un samedi après-midi de septembre, Hester est arrivée seule dans la ville. Elle s’est présentée à la réception de l’hôtel en compagnie de celui qui serait son meurtrier. Après une discussion, elle s’est laissée convaincre et elle l’a suivi. Une femme de chambre l’a retrouvée le lendemain, dans la chambre 121. Nue, sous un lit, avec seulement une serviette sur le ventre. L’enquête a démontré qu’elle a d’abord été battue avant de s’évanouir, qu’ensuite elle a été violée et ensuite qu’elle a été étranglée. Deux jours plus tard, la police sonnait à notre porte, à La Hayes, à deux heures du matin. « Vous êtes bien les parents de Hester van Nierop ? » A ce moment là, on sait déjà qu’il s’est passé quelque chose de terrible.
Nous avons appelé tout de suite la police de Ciudad Juárez. Ce fut le premier et le dernier contact que nous avons eu avec eux. Tous les autres contacts ont eu lieu par l’intermédiaire du Ministère des Affaires étrangères. Ils nous envoyaient bien des rapports sur l’enquête. Ce que nous avons reçu n’était au début que la liste de ce qu’ils ne savaient pas. Nous avons compris qu’il ne fallait rien espérer des autorités. Plus tard nous avons reçu un certain nombre de rapports qui ont montré que dés le premier jour, il y avait un suspect. Il avait pris une chambre à l’hôtel et grâce à des témoignages, on avait pu en faire un portrait robot. Son nom et son adresse étaient connus et des voisins l’avaient reconnu à partir du portait. Lorsqu’une jeune fille a été assassinée de la même manière quelques temps après, la police avait même le numéro de la plaque minéralogique. Mais elle n’a rien fait.
Bien plus tard, à la suite de rapports comme celui d’Amnesty, le gouvernement mexicain a pris des mesures. Les procureurs ont établi 49 dossiers qu’ils ont transmis à un tribunal national, dont le dossier de notre fille, Hester. Nous voulons naturellement que le coupable soit arrêté et puni. Mais, ce qui me semble encore plus important, c’est que cette situation insensée cesse dans cette ville avant que 370 femmes de plus ne soient tuées. Pour Hester et les autres nous nous sommes même rendus à Ciudad Juárez pour parler aux autorités. Cette situation changera-t-elle un jour ?
Extrait de « 10 décembre-10 femmes-10 histoires » Amnesty International NL - 2004.




