Vous trouverez ci-dessous le récit de ce qui est arrivé à Lam Han, une Vietnamienne qui a été arrêtée à Battambang, dans le nord-est du Cambodge, alors qu’elle se rendait chez sa sœur. Bien que ce soit en 1996 que Lam Han a été victime d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements en garde à vue, son histoire reste un exemple éloquent de ce qui peut arriver en détention lorsque les garanties juridiques destinées à assurer la protection des suspects sont insuffisantes. Le refus du juge de prendre en compte, lors de son procès, ses allégations d’actes de violence commis par la police, malgré des preuves matérielles, rappelle de façon consternante que toute personne arrêtée au Cambodge risque d’être maltraitée et de ne pas voir respecté son droit fondamental à réparation. Les sévices endurés par Lam Han en 1996 peuvent encore se reproduire aujourd’hui ; comme tant d’autres personnes au Cambodge, elle n’a pas obtenu justice.
En juin 1996, Lam Han, une Vietnamienne de la province d’An Giang, au Viêt-Nam, âgée de quarante-huit ans, s’est rendue au Cambodge, à Battambang, afin de s’occuper de sa sœur qui était alors souffrante. Son mari et ses quatre enfants étaient restés au Viêt-Nam. Apprenant, à son arrivée, que sa sœur était déjà décédée, elle décida de rentrer chez elle le lendemain. Le 18 juin 1996, Lam Han s’est rendue au marché de Battambang afin d’acheter un ticket de bus pour son retour. Là, des gens l’ont soudain accusée d’avoir volé le collier d’une personne. Ils se sont mis à la rouer de coups et ils l’ont ensuite conduite au poste de police local. Lam Han ne comprenait ni ne parlait le khmer, et il est probable que les violences qu’elle a endurées par la suite soient dues en partie à sa nationalité. Les Vietnamiens de souche qui vivent au Cambodge sont souvent la cible d’une discrimination de la part des autorités et de la population, qui se traduit parfois par des actes de violence. Au poste de police, l’un des agents, qui parlait un peu le vietnamien, l’a accusée de vol, ce qu’elle a nié. Au cours de l’interrogatoire, elle a donné une réponse aux questions qu’elle comprenait, mais elle a été le plus souvent incapable de répondre. Comme elle ne répondait pas à la plupart des questions, un policier l’a menacée, en pointant un pistolet sur sa tête et en lui disant que si elle n’avouait pas, il l’abattrait et n’aurait pas d’ennuis pour autant. Puis elle a été battue, frappée à coups de poing et a reçu sur les jambes des coups assénés avec un bâton en bois. Elle a expliqué que quatre policiers étaient alors présents : l’un d’eux la frappait et les autres lui tenaient les mains dans le dos. Au cours des deux jours qui ont suivi, elle a été rouée de coups à maintes reprises, mais elle ne se rappelle pas combien de fois exactement. Entre les passages à tabac, elle était détenue seule dans une pièce sombre, crasseuse et nauséabonde où il n’y avait ni toilettes, ni rien lui permettant de se laver. Elle n’avait droit qu’à deux petites tasses d’eau. Son sac lui avait été confisqué pendant sa garde à vue ; lorsqu’il lui a été rendu plus tard en prison, elle s’est aperçue qu’on lui avait volé tout son argent, quelques vêtements et des médicaments. En 1996, la législation cambodgienne prévoyait qu’un suspect de droit commun pouvait être maintenu en garde à vue jusqu’à quarante-huit heures avant d’être déféré devant un tribunal pour être inculpé d’une infraction pénale. Avant l’expiration du délai de quarante-huit heures, Lam Han a déclaré qu’un policier lui avait injecté de force une substance inconnue et lui avait ordonné de prendre un flacon de pilules ; elle n’en n’a pris qu’une et a perdu connaissance. Elle pense qu’on lui a administré ces substances parce qu’elle hurlait de douleur en raison de ses blessures dues aux passages à tabac. À ce moment, Lam Han ne comprenait pas ce qui se passait et ne savait pas où elle se trouvait. Elle a été transférée à la prison de Battambang et présentée devant le procureur et le juge d’instruction qu’elle pensait alors être des policiers. Elle a avoué avoir volé le collier, terrifiée à l’idée d’être à nouveau rouée de coups. L’instruction s’est déroulée en khmer, sans aucun interprète. Elle ne pouvait alors pas se déplacer à cause de ses blessures sur les jambes. Elle n’a pas reçu de soins médicaux. Lam Han est restée incarcérée dans cette prison jusqu’à sa comparution devant un tribunal, le 8 août 1996. Il n’y avait à nouveau pas d’interprète et son procès fut renvoyé au 9 septembre 1996. Au cours de cette audience, un interprète qu’elle comprenait difficilement lui a été attribué. Elle a plaidé non coupable. Elle a essayé de faire valoir le fait que la police lui avait infligé des mauvais traitements au cours de sa garde à vue et de présenter des preuves de ce qu’elle avançait mais le juge a refusé d’en tenir compte malgré son état physique. Elle a été condamnée à douze mois d’emprisonnement et une amende. Cinq mois après les sévices endurés en garde à vue, Lam Han portait encore des cicatrices sur les jambes. Aucune poursuite n’a été engagée contre les policiers ayant participé à ces mauvais traitements, malgré les déclarations qui ont été faites. Le Cambodge a traversé une période chaotique et douloureuse avec la guerre civile et le régime des Khmers rouges qui, entre avril 1975 et janvier 1979, a causé la mort de plus d’un million de personnes. Depuis l’Accord de paix de Paris de 1991, des efforts considérables – notamment sur le plan de l’aide internationale – ont été mis en œuvre afin d’aider le Cambodge à se développer et à reconstruire ses institutions. Malgré cela, l’état lamentable d’un système judiciaire déficient qui manque d’impartialité et d’indépendance continue d’empêcher toute amélioration réelle de la situation des droits humains. Au cours de la dernière décennie, des centaines d’homicides à caractère politique ont été signalés, ayant eu pour victimes des hommes politiques, des journalistes, des femmes, des enfants, des Vietnamiens de souche, des membres de partis politiques et de simples citoyens. Il faut que ceux qui commettent des violations des droits humains au Cambodge sachent qu’ils seront tenus de rendre des comptes. Le climat d’impunité qui règne actuellement ne prendra fin que lorsque la justice deviendra une réalité pour tout le monde au Cambodge, tant pour les victimes que pour les auteurs de violations des droits humains.
Appelez les autorités cambodgiennes à prendre les mesures nécessaires pour que justice soit faite, en écrivant aux responsables suivants : Premier ministre : Hun Sen, Premier ministre - Bureau du Premier ministre - Phnom Penh - Cambodge
Vice-Premier ministre et co-ministre de l’Intérieur : Sar Kheng Vice-Premier ministre et co-ministre de l’Intérieur Ministère de l’Intérieur - 275 Boulevard Norodom - Phnom Penh - Cambodge
Ministre de la Justice : Neav Sithong - Ministre de la Justice - Ministère de la Justice - Boulevard Samdech Sothearos - Phnom Penh, Cambodge
Dans vos lettres : *Dites-vous préoccupés par les actes de torture et les autres formes de mauvais traitements infligés par la police à Lam Han, une Vietnamienne, à Battambang, après son arrestation en juin 1996 ; *faites part de votre inquiétude quant au fait qu’au cours de son procès le juge n’a tenu aucun compte de ses allégations concernant des actes de violence commis par la police, malgré des preuves matérielles ; *dites-vous préoccupés par le fait que de telles violences peuvent encore se produire aujourd’hui, ainsi que par l’impunité qui continue de prévaloir au Cambodge et par l’absence persistante de justice pour les citoyens de ce pays ; *exhortez les autorités à mettre en place des garanties concrètes pour empêcher la torture et les mauvais traitements en détention et à faire en sorte que des enquêtes efficaces soient menées sur toutes les allégations faisant état de tels actes, afin que les responsables présumés soient déférés à la justice.





8 Messages de forum