Des exactions et des violations graves du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains continuent d’être commises dans l’est du Tchad. Les femmes et les jeunes filles de la région sont toujours confrontées aux risques de viol et autres formes de violence sexuelle perpétrés par des groupes armés.
Khadija* (quatorze ans), ses six frères et soeurs et leurs parents ont fui leur village pour le camp de personnes déplacées d’Aradip, situé dans la région du Dar Sila, dans l’est du Tchad. Ils sont partis lorsque le village a été attaqué par un groupe d’hommes armés qui avait traversé la frontière avec le Darfour, au Soudan, en novembre 2006. Le lundi 30 avril 2007, Khadija s’est levée tôt, comme d’habitude, pour aller ramasser du bois hors du camp. C’est une fois à l’extérieur qu’elle a été attrapée et violée par plusieurs hommes armés.
« Je suis partie tôt le matin avec une vingtaine d’autres filles… on a marché pendant quelque temps. Au bout de trois heures environ, on est arrivées au pied de la montagne et on a commencé à ramasser le bois. On était à côté du village d’Ablogulla, il y a des fariks [campements temporaires] arabes pas loin. Il y avait cinq hommes, ils étaient armés, deux d’entre eux avaient un uniforme vert et les trois autres portaient un pantalon noir ou marron. On ne les a vus que quand ils ont couru vers nous. Ils criaient, ils disaient qu’on était les femmes des Toro Boro [membres de groupes soudanais armés ou de groupes tchadiens d’autodéfense opérant dans l’est du Tchad]. On s’est toutes mises à courir dans des directions différentes. Ils m’ont attrapée. »

La mère de Khadija a expliqué à Amnesty International ce qui est arrivé à sa fille après : « Je vais vous dire la vérité. Ils l’ont utilisée, ils l’ont utilisée d’une manière horrible, elle saignait beaucoup quand on l’a ramenée ici. Elle a vraiment beaucoup souffert. Un chasseur l’a trouvée dans les bois et l’a ramenée à la maison. Elle avait des épines de buisson partout et beaucoup de coupures. Elle saignait là, en bas, aussi ; pendant deux jours elle allait très mal. Je l’ai juste lavée avec de l’eau chaude. »
L’histoire de Khadija est la même que celle de milliers de Tchadiennes déplacées qui risquent tous les jours d’être attaquées. Elles doivent immédiatement être protégées de manière efficace.
Victimes oubliées d’un conflit armé en cours
Au Tchad, les affrontements entre les forces de sécurité et les groupes d’opposition armés se sont intensifiés à partir du mois d’avril 2006. Pour pouvoir combattre les groupes armés, les autorités tchadiennes ont rappelé leurs troupes de la frontière soudanaise, exposant dès lors les civils à des attaques transfrontalières plus importantes et plus longues. Ces attaques ont été principalement attribuées aux Janjawids (un rassemblement de milices armées soudanaises), mais au cours des douze derniers mois les violences intercommunautaires entre les ethnies vivant dans l’est du Tchad ont également augmenté.

En mai 2007, une délégation d’Amnesty International s’est rendue dans la région. L’organisation a pu rassembler des informations sur des cas individuels, mais il existe peu de données quant à l’étendue réelle des violences liées au genre à l’intérieur et hors des camps de personnes déplacées. D’après les victimes, certains contacts sur place et des organisations humanitaires, le harcèlement, les manœuvres d’intimidation et les viols ont lieu en toute impunité ; jusqu’ici, personne n’a été arrêté ni sanctionné. Amnesty International a constaté que les femmes, qui représentent la majorité des personnes déplacées dans le secteur, sont les victimes oubliées du conflit armé en cours. Des femmes et des jeunes filles sont attaquées et violées par des membres de milices, de groupes armés et même par des soldats du gouvernement tchadien. Elles sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles s’aventurent hors des camps pour ramasser du bois dans la brousse. Cette tâche leur incombe en raison des traditions, mais aussi parce que les hommes estiment que les femmes sont moins susceptibles d’être tuées par des groupes armés. En outre, les jeunes filles et les femmes vendent le bois qu’elles ramassent sur des marchés aux alentours afin de tenter de compléter le peu d’aide humanitaire qu’elles reçoivent.
Absence de protection
Dans ce conflit, les civils, et plus particulièrement les femmes, ne bénéficient d’aucune protection de la part des autorités du Tchad. Bien souvent, les gendarmes refusent d’intervenir lorsque des civils sont attaqués hors des camps de personnes déplacées.
La mère de Khadija a confié à Amnesty International : « Dès qu’on a su [que Khadija avait été prise] mon mari et moi on s’est dépêchés de partir à sa recherche. Un voisin est allé prévenir les gendarmes, mais ils ont refusé de venir. Ils ont dit qu’ils avaient prévenu les femmes qu’elles ne devaient pas s’éloigner du camp quand elles allaient chercher du bois. Ils ont dit qu’ils la chercheraient si elle n’était pas revenue le lendemain. »
Amnesty International a également recueilli des informations selon lesquelles des soldats tchadiens auraient été impliqués dans des manœuvres d’intimidation et des viols commis sur des femmes et des jeunes filles déplacées. Une femme du camp d’Habile, dans la région du Dar Sila, a expliqué aux délégués d’Amnesty International : « Quand les militaires étaient là on a eu des problèmes. Des femmes ont été attaquées et des maisons ont été visitées. Des femmes ont aussi été attaquées dans la brousse. Je connais trois ou quatre femmes qui ont été attrapées et violées. Elles ne parlent pas ouvertement [de ce qui s’est passé] mais les gens savent, ils les ont vues sortir des buissons… »
Malgré les efforts diplomatiques déployés par les Nations unies et certains pays, le président du Tchad a refusé le déploiement d’une présence multidisciplinaire qui permettrait de protéger les civils. L’obligation du Tchad de protéger ses citoyens En dépit des obligations qui sont les siennes en vertu de la Constitution et du droit international relatif aux droits humains, le gouvernement tchadien n’offre pas à sa population la protection qu’elle est en droit d’attendre de lui. Aux termes du droit international, le gouvernement du Tchad a le devoir de protéger toutes les personnes présentes sur son territoire. Ce devoir ne disparaît pas en cas de conflit armé. Les parties à un conflit armé se doivent de prendre toutes les mesures envisageables pour assurer la protection des civils.
La responsabilité de protéger – la communauté internationale doit agir immédiatement.
Dans sa résolution 1674 de 2006, le Conseil de sécurité des Nations unies réaffirme que « c’est à chaque État qu’il incombe de protéger ses populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité ». Dans ce même document, il insiste sur la responsabilité qui revient à la communauté internationale, à travers l’Organisation des Nations unies (ONU), d’aider à protéger les populations contre ces crimes. S’il s’avère que les autorités tchadiennes ne peuvent pas ou ne veulent pas faire le nécessaire pour protéger la population du pays, alors il appartient à la communauté internationale d’agir. Elle devra prendre d’urgence les mesures qui s’imposent pour que les civils, et en particulier les femmes et les enfants, bénéficient d’une protection adéquate.
Écrivez aux autorités tchadiennes pour les exhorter à :
* prendre toutes les mesures nécessaires afin de protéger les civils, en particulier les jeunes filles et les femmes, à l’intérieur et hors des camps de personnes déplacées situés dans l’est du pays ; * accepter le déploiement d’une présence multidisciplinaire menée par les Nations unies et ayant pour mission de protéger les civils, et coopérer avec elle ; entamer immédiatement des discussions avec le Conseil de sécurité dans le but d’assurer un déploiement rapide de cette force ; * enquêter sur les viols et autres atteintes graves aux droits humains qui lui sont signalés, et traduire leurs auteurs en justice.
Adresse :
Gouvernement du Tchad - SE Idriss Déby Itno - Président du Tchad - Présidence de la République - N’Djaména - Tchad - Fax : +235 51 45 01 ou 235 52 44 73 - Courriels : cprint intnet.td, sgpr.tchad intnet.td, presicom.pr intnet.td
Envoyez copie de cette lettre à l’ambassade du Tchad dans votre pays. En Belgique : Bld Lambermont, 52 1030 Bruxelles - FAX : 02.216.35.26 - Courriel : ambassade.tchad chello.be
Écrivez au Conseil de sécurité des Nations unies pour l’exhorter à :
* adopter sans tarder une résolution pour le déploiement dans l’est du Tchad d’une présence multidisciplinaire ayant pour mission de protéger les civils menacés et disposant des ressources lui permettant d’utiliser tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de cette tâche, en accord avec le droit humanitaire et le droit international relatif aux droits humains. * veiller à ce que cette force multidisciplinaire soit dotée d’un mandat fort au niveau des droits humains et des moyens nécessaires pour protéger les femmes et les jeunes filles contre les violences liées au genre ; * appeler ses États membres à débloquer des fonds pour les organismes de l’ONU et les organisations internationales afin de faciliter l’apport d’une aide humanitaire dans les camps de personnes déplacées et d’établir des mesures de protection à l’intérieur et à l’extérieur de ces camps.
Adresse :
Conseil de sécurité des Nations unies- Président du Conseil de sécurité des Nations unies - 820 Second Avenue, Suite 1600 - New York, NY 10017 - États-Unis- En Août : le représentant permanent du Congo - Fax :+121 27447975 - Courriel congo un.int En Septembre : le représentant permanent de la France - Fax +1 212 3085700 - En Octobre : le représentant permanent du Ghana - Fax : +121 24213943 - Courriel : ghanaperm aol.com




