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Soudan : Des victimes de la guerre au Darfour parlent de leurs souffrances

dimanche 13 juin 2004, par Françoise Guillitte

« L’attaque a eu lieu à l’aube. C’était en septembre 2003. Des Janjawid [milices armées soutenues par le gouvernement, NDLT] sont arrivés en grand nombre en chameau, à cheval et à bord de voitures. Quelques femmes arabes les accompagnaient, certaines à dos de chameau, d’autres sur des ânes. Les femmes ont pris part au pillage. Je dormais quand l’attaque a eu lieu. J’ai été emmenée par les assaillants, certains vêtus de kaki, d’autres en civil, en même temps que des dizaines d’autres filles. On nous a fait marcher pendant trois heures. Pendant la journée, ils nous ont battues et les Janjawid nous ont dit : « Vous, les femmes noires, on va vous exterminer ; vous n’avez pas de Dieu ». Ils nous ont emmenées à un endroit dans la brousse où les Janjawid nous ont violées plusieurs fois la nuit. Pendant trois jours, nous sommes restées sans nourriture et pratiquement sans eau. Au bout de trois jours, les Janjawid ont dû partir ailleurs et ils nous ont libérées.Ils nous ont dit : « La prochaine fois que nous viendrons, nous vous exterminerons tous, nous ne laisserons pas un seul enfant vivant. » (Témoignage d’une jeune femme de vingt ans, originaire du village de Dasa dans le Darfour, aujourd’hui réfugiée dans un camp de l’est du Tchad.)

« J’étais à la maison quand les soldats sont arrivés avec les Janjawid, à dos de chameau et à cheval. Ils ont encerclé le village, mis le feu à un certain nombre de maisons et tiré sur les gens. Mon frère a été tué sous mes yeux. » (Témoignage d’un réfugié au Tchad.)

« Le lendemain de l’Aïd el Kebir, vers neuf heures du matin, un premier groupe d’assaillants est arrivé à dos de chameau, puis un deuxième groupe à cheval et le troisième groupe en voiture. Ils ont tiré en l’air. Il y avait des femmes arabes avec eux, qui chevauchaient derrière les hommes. Elles ont chanté des chansons pour encourager les hommes durant le pillage. Ils ont tiré et mis le feu à nos maisons. Ils disaient : « Personne ne sortira vivant, nous allons tous vous tuer. » Ils ont tiré sur les hommes du village. Toutes les maisons de Dasa ont été incendiées. » (Témoignage d’une femme de trente ans.)

« J’ai tout perdu aujourd’hui ; il ne me reste que les doigts de mes deux mains. » a déclaré un réfugié au Tchad.

« Tant que la sécurité de ma famille ne pourra être assurée, je ne souhaite pas rentrer chez moi. » (Un réfugié au Tchad)

« Le village a été attaqué en août 2003, un matin vers six heures, par des hommes à cheval, à dos de chameau et à bord de voitures et d’avions, trois Antonov et deux MIG. Les Janjawid sont arrivés les premiers à cheval, puis les forces gouvernementales et enfin les avions. Environ 150 personnes ont été tuées : trois femmes et quatre enfants, les autres étaient tous des hommes. Les Janjawid ont battu trois femmes adultes en dehors du village parce qu’elles refusaient de leur dire où elles avaient caché leur argent. Je me suis enfuie avec d’autres habitants vers Wadi Sayra, puis on a marché pendant dix jours jusqu’à la frontière. Les Janjawid ont emmené 300 vaches, 400 chèvres et 200 chameaux, ainsi que de l’argent. » (Une femme de vingt-quatre ans, originaire du village de Kerana, à deux jours de marche de Jeneina)

« L’attaque s’est produite vers six heures du matin le dimanche 29 juin. Des Janjawid et des membres des forces gouvernementales y ont participé. Ils sont arrivés à dos de chameau, à cheval et en voiture - il y avait environ 150 hommes en kaki. Deux avions Antonov ont également pris part à l’attaque. Environ 65 hommes étaient en train de prier à la mosquée. Chevaux, chameaux et voitures ont encerclé la mosquée et les tirs ont commencé. Tous les hommes qui se trouvaient dans la mosquée ont été tués. » (Un réfugié originaire du village de Goz Naiïma, à environ 80 kilomètres de Abou Gamra)

« Nous sommes venus ici parce que les Arabes et le gouvernement veulent nous tuer. Ils nous ont chassés de notre village et ont pris tout ce que nous avions. » (Anonyme)

« Ceux du gouvernement sont venus avec des avions, des voitures, des chevaux et des chameaux. Nous ne pouvons pas les combattre ; nous sommes très pauvres et nous n’avons que Dieu pour nous aider. Ils nous tuent, on a dû s’enfuir pour ne pas mourir. » (Une femme déplacée du fait du conflit)

« Lorsque nous avons quitté le village, les soldats sont venus avec les Arabes et l’avion a largué la bombe. Maintenant, je ne sais pas où se trouvent ma mère et mon père. Je ne sais pas si les soldats les ont tués ou ce qui leur est arrivé. Tout notre village a brûlé. » (Un jeune réfugié de dix-neuf ans dans l’hôpital de campagne de MSF à Tina au Tchad)

« L’avion est arrivé et a bombardé la zone. On s’est enfui pour échapper à la bombe... loin du village. On a trouvé qu’il y avait des soldats avec les Janjawid. Ils étaient à cheval et à dos de chameau. » (Anonyme)

« Ils nous ont attaqués. Il y a eu des blessés. Des gens nous ont emmenés, mais on ne sait pas où se trouvent nos familles maintenant... nous, on s’est retrouvé ici. » (Un réfugié de vingt-quatre ans dans l’hôpital de campagne de MSF à Tina au Tchad)

« Nous sommes arrivés à Birak aux alentours du 10 août. Le problème, c’était que les Janjawid tuaient et brûlaient les maisons. Ils ont attaqué notre village deux fois en août, d’abord un dimanche, puis le samedi suivant. La première fois, ils ont attaqué vers six heures du matin, à un moment où les gens étaient chez eux.. Environ 250 d’entre eux sont arrivés sur des chameaux, à cheval et en voiture. Ils ont attaqué les gens dans leurs maisons et ont tué 25 personnes. Ils n’ont rien dit, ils ont simplement commencé à tirer en arrivant. Ils sont venus avec les soldats, ils tuent ensemble, ils ont les mêmes vêtements et voyagent dans des véhicules militaires. » (Un réfugié originaire du village de Jaffal, au sud de Silaya, à 165 kilomètres de Tina, aujourd’hui au Tchad)

« L’attaque s’est produite le 28 août. De nombreuses personnes ont été tuées : 82 au cours de la première attaque, 72 au cours de la seconde, dont une femme tuée au marché. Lors de la première attaque, le village a été incendié, certaines personnes ont été tuées par des armes à feu. D’autres, notamment des enfants et des vieillards, sont morts brûlés. On n’a pas eu le temps de se protéger. Les femmes sont souvent l’objet d’attaques, on leur prend leurs vêtements et on les laisse nues ; les hommes sont tués, les femmes violées ; on les torture, on les viole et on les bat. » (Un réfugié originaire du village de Murli, à 5 km de Jeneina, aujourd’hui au Tchad)

« Mon fils Abdel Qader, qui a huit ans, a été blessé à la main droite par une bombe. C’était le 7 juillet et il était à côté de la maison, en train de garder les chèvres. L’avion est arrivé, il a largué les bombes et le feu qui se dégageait des bombes a brûlé ses doigts. Un autre petit garçon a été blessé. Je suis allée voir le médecin pour avoir des médicaments mais l’avion est revenu et nous nous sommes enfuis à Tina au Tchad. Il va aller voir le docteur aujourd’hui. » Abdel Qader : « Des fois, le sang coule entre mes doigts, ça fait mal. Je suis en classe de CM1 et je suis droitier. » (Une femme réfugiée et son fils, à Tina, aujourd’hui au Tchad)

« Je suis venue ici parce que l’avion a détruit ma maison. Mon mari a été blessé et je suis malade. Je suis venue chercher des médicaments auprès de MSF. Quand l’avion est arrivé, j’étais enceinte de cinq mois. J’ai perdu le bébé à cause du bombardement. Quand l’avion a bombardé ma maison, j’étais dehors et j’ai vu mon mari à l’intérieur. J’ai couru vers la maison,. La fumée qui se dégageait de la bombe m’a fait tousser et puis j’ai perdu mon enfant. Je suis venue ici avec mon mari, il est rentré à Kornoy maintenant. Je suis venue ici il y a deux mois parce que je ne me sentais pas bien. J’ai encore mal dans tout le corps et j’ai toujours un gros ventre. » (Une réfugiée de Kornoy, aujourd’hui au Tchad)

« Je viens du village de Suju. Les Arabes sont arrivés à quatre heures du matin et ont commencé par tirer en l’air. Puis ils se sont mis à tirer sur les gens qui s’enfuyaient. Mon fils et mon frère ont été tués dans la cohue, comme de nombreux habitants du village. Beaucoup de victimes sont restées là où elles étaient tombées et n’ont pas pu être enterrées. Les Arabes sont partis à dix heures après avoir mis le feu aux maisons et volé le bétail. La plupart des victimes sont des hommes. » (Une femme de cinquante ans au camp de réfugiés de Goz Amer, au Tchad)

« Le village a été attaqué le 28 juin 2003. Des hommes à cheval et à dos de chameau et d’autres en voitures ont encerclé le village vers midi. Les Janjawid étaient accompagnés de soldats du gouvernement, ces derniers étaient en voiture. Deux heures plus tard, un Antonov et deux hélicoptères ont survolé le village et lancé des roquettes. Les assaillants sont entrés dans les maisons, ils ont tué ma mère et mon grand-père sans un mot. La plupart des habitants étaient restés chez eux. L’attaque a duré deux heures et tout a été incendié dans le village. » (Une femme de vingt-cinq ans originaire du village d’Abou Jidad, dans la région d’Abou Gamra, aujourd’hui réfugiée au camp de Mile au Tchad).

Notre silence nous rend complices. Joignez-vous à notre action. Amnesty International demande instamment à toutes les parties impliquées dans ce conflit de mettre immédiatement fin aux atteintes aux droits humains, notamment aux exécutions illégales et aux violences contre les civils. L’organisation exhorte également la communauté internationale à soutenir le déploiement au Soudan d’observateurs internationaux des droits humains.

Contexte de la crise au Soudan et action

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7 Messages de forum

  • J’ai parlé de la guerre du Darfour autour de moi et me suis rendue compte que très peu de personnes connaissent ce problème. Je crois qu’il est important de diffuser beaucoup plus d’informations au sujet de ces massacres pour que le monde en prenne conscience et qu’alors il y ait des réactions internationales obligeant le gouvernement soudanais à prendre des mesures pour arrêter ces massacres. Il me semble que le gouvernement soudanais n’est pas du tout sensible aux problèmes des ethnies minoritaires de son pays. Il semblerait même que cela l’arrangerait si ces gens disparaissaient.

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    • j’ai déjà donné mon avis sur ces massacres, mais je ne resiste pas à réitèrer tant je suis révolté par l’indifférence, non seulement des politiciens de tous poils ( qui me semblent incapables d’autres préoccupations que leur petite carrière minable et les luttes intestines de leur parti), mais aussi par le silence des médias en général !
      Allons, medames et messieurs les journalistes, un peu d’originalité !!
      Un peu moins de Bush, Sharon, Chirac, Blair et autres Arafat et parlez-nous d’avantage des victimes des assassins soudanais, des femmes nigeriannes ou yéménites fouettées ou lapidées par des fanatiques religieux sadiques et....
      C’est moins à la mode et un peu plus risqué ? Oui mais vous y gagneriez tellement en considèration de la part du public !

      A.Brisard

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  • La violence, quelle qu’elle soit, contre des femmes, enfants et civils, au nom d’une idée ou d’une religion ne doivent exister.
    Chacun a le droit et le besoin de liberté.

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  • Ce que se passe au Dafour est pénible et l’attitude passive du gouvernement envers ce crime de plus contre l’humanité est intolérable. Il faut stopper immédiatement ces massacres et ces viols effroyables. Ou sont les nations unies ? Ou est notre conscience ? Je revendique au monde entier de se redresser contre cette violence et de venir en aide à la population du Dafour pour défendre les femmes et les enfants meurtris par cette brutalité de guerre !

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  • Je reste ....sans voix..... effrayée par de tels actes plus odieux les uns que les autres ! Que faut-il attendre de plus que ces centaines de temoignages pour envoyer nos soldats réagirent sur place ?! Pourquoi laisser les Arabes anéantir avec tant de viloences tout un peuple ?! si discret ! C’est révoltant, c’est une honte ! Que font les médias ! Tant d’européens ignorent ce qu’il se passe au Darfour.....POurquoi attendre plus longtemps ! A quoi servent les gouvernemts de nos pays si riches à part sedisputer leur part de pétrôle....

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  • je suis scandalisée par ce qui se passe au soudan d’autant plus que j’ai rencontrè un homme d’ origine soudannaise dont je suis tombée très amoureuse et j’ ai vécu un mois avec des réfugiès politiques en angleterre qui étaient ses frères. Rien a la télè ou dans les journaux en france qui parle de cette situation au dela du supportable et de plus la france et la grande bretagne accordent difficilement les papiers aux réfugiès du darfour c’ est long et déshumanisant

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    • J’ai 14 ans et je suis scandalisée par ce qui se passe au Soudan. Mais ce qui me choque encore plus, c’est que personne ne fait rien, personne n’en parle, ni les médiats, ni les politiciens. D’ailleurs, les chefs d’états, sachant très bien qu’ils pourraient arrêter ce massacre, restent les bras croisés en regardant faire ces assassins. Ils devraient avoir honte...

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  • je suis tombé sur un film pour adulte où des femmes couchaient avec des animaux( chiens, ânes et chevaux). j’étais dégouté par le degré d’animausité de l’homme et mon dégout fut grand et j’ai qualifié ces femmes qui étaient des humains, de monstres dont la raison à déserté le forum. Mais quand j’observe ce qui se passe au darfour et l’hypocrisie mondiale qui entoure le sujet, je me dis que nous ne sommes pas si differents de ces femmes. J’ai honte de ne pouvoir rien faire ; honte de constater que nous avons tous ateint le seuil de cruauté qu’on ne pourrait même pas observer dans le regne animal.Nous avons tous notre part de responsabilité. Quelle signification peut- on encore donner au mot « communauté internationale » si l’on sait ce que subissent nos freres dans cette region ? J’ai honte.

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