Le rapport d’Amnesty International publié aujourd’hui dénonce. Le viol et les autres formes de violence sexuelle sont de graves violations des droits humains. Dans le conflit du Darfour, ces violences sont principalement utilisées contre les femmes et les jeunes filles. D’après les témoignages recueillis par Amnesty International, le viol et les autres formes de violence sexuelle sont utilisés comme une arme de guerre au Darfour, dans le but d’humilier, de punir, de dominer, de terroriser et de déplacer les femmes et leur communauté. Au Darfour, le viol et les autres formes de violence sexuelle ne sont pas simplement une conséquence du conflit ou du comportement de soldats indisciplinés. D’après certains témoignages, des viols ont été commis pendant des « raids », avant des attaques contre des villages, ou encore sur les routes ou dans la brousse pendant la fuite des victimes. Ils peuvent avoir été utilisés pour terroriser la population locale, ou encore comme mise en garde ou comme menace pour inciter les gens à partir. Les témoignages de victimes recueillis par Amnesty International laissent penser que l’une des intentions des agresseurs est d’humilier leurs « ennemis ». Dans bien des cas, les femmes qui ont été violées ou ont été témoins de viols ont raconté que les Janjawid ou les femmes qui les accompagnaient les avaient insultées et avaient chanté des chansons grossières dans l’intention évidente de les humilier. Les femmes enlevées et violées ont précisé qu’on les avait insultées et qu’on avait appelé les épouses des « Tora Bora ». Cela semble être le nom qu’utilisent les Janjawid et les forces gouvernementales pour décrire les rebelles armés, mais ce mot sert aussi à décrire toutes les personnes et tous les villageois attaqués par les Janjawid. Tora Bora est une région montagneuse d’Afghanistan où les forces de la coalition menée par les États-Unis mènent des opérations contre les talibans et Al Qaïda. L’agression physique que constitue le viol peut également signifier la domination des agresseurs de sexe masculin sur les femmes. Dans le contexte social du Darfour, le viol est un tabou culturel connu de tous les groupes. Quand ils violent et agressent les femmes, les Janjawid connaissent les effets de ces actes non seulement sur les femmes elles-mêmes, dans l’immédiat comme à plus long terme, mais également sur leurs communautés tout entières. La violence commise en public — viol des femmes devant leurs proches ou les habitants de leur village, viols en réunion - sert à humilier les femmes tout autant que les hommes, car ces derniers, incapables de « protéger » les femmes, ressentent cette humiliation. Un témoin a indiqué que les Janjawid avaient tué une femme enceinte parce qu’elle portait l’enfant de l’« ennemi ». Dans ce cas précis, cette femme semble avoir été tuée parce qu’elle symbolisait la communauté « ennemie » et sa capacité de reproduction. On ne peut, à ce stade, déterminer combien de femmes ont été violées et/ou enlevées, et combien de grossesses ont résulté de ces viols. Mais compte tenu du grand nombre de viols signalés dans les rapports des militants des droits humains et des journalistes(55), et des détails entourant ces cas, on peut conclure que le viol et les autres formes de violence sexuelle sont répandus et parfois systématiques au Darfour. Ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. D’après les témoignages recueillis par Amnesty International, la violence sexuelle a été accompagnée d’insultes à caractère racial, ce qui laisse penser que les femmes ont été prises pour cible non seulement en raison de leur genre, mais aussi parce qu’elles appartiennent à un groupe ethnique particulier. Certaines femmes ont été violées à plusieurs reprises, d’autres violées en réunion. Cela pourrait indiquer que les agresseurs avaient l’intention de rendre enceintes des femmes membres de groupes ethniques bien précis. Certaines femmes ont été violées à plusieurs reprises ou violées en réunion pendant leur captivité dans les camps des Janjawid. Certaines ont dû faire la cuisine pour leurs ravisseurs, d’autres ont eu des membres brisés parce qu’on voulait les empêcher de fuir. Les camps de personnes déplacées à l’extérieur des grands villages ou des petites villes du Darfour ont été décrits comme des « quasi-prisons ». Cela pourrait vouloir dire que les Janjawid ont tenté d’enfermer les femmes qui étaient tombées enceintes à la suite d’un viol. À l’heure actuelle, Amnesty International ne dispose pas de suffisamment d’éléments pour prouver que telle est l’intention des Janjawid, ni pour dire si cette intention est répandue ou systématique. Toutefois, les auteurs d’un viol devraient prévoir qu’un tel acte peut entraîner une grossesse. Beaucoup de violeurs proviennent de la même société que les personnes qu’ils agressent, ils ne peuvent donc ignorer la réprobation sociale qui s’abat sur les victimes d’un viol, ni les conséquences sociales et psychologiques que cela entraîne sur l’entourage des victimes. Le caractère effroyable et l’ampleur des violences infligées à des groupes entiers au Darfour ressemble à une sanction collective contre une population dont les membres ont pris les armes contre le gouvernement central. On pourrait interpréter ces violences comme une mise en garde lancée à d’autres groupes et à d’autres régions contre ce qui pourrait se produire si certains groupes décidaient de se révolter contre Khartoum. Amnesty International a qualifié les violations massives et systématiques des droits humains au Darfour de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Bien que l’on puisse penser que certaines exactions avaient pour but d’anéantir des groupes ethniques, les éléments de preuve demeurent insuffisants. La destruction répandue d’habitations et de villages associée aux pillages et aux déplacements forcés semble avoir pour objectif de détruire les moyens de subsistance. Le viol a été très répandu, et parfois systématique (par exemple lorsque les Janjawid ont attaqué Tawila, fin février 2004), les agresseurs ayant peut-être l’intention de détruire les structures sociales et la communauté de groupes ethniques particuliers. Des exécutions sommaires ont eu lieu en grand nombre à Kutum même et dans ses alentours, en juillet et en août 2003, et à Deleij au début du mois de mars 2004. Amnesty International estime que ces exécutions visaient à « punir » collectivement les populations civiles perçues comme étant associées ou liées aux groupes politiques armés. Mais Amnesty International n’est pas en mesure de confirmer ni de prouver que la punition avait pour objectif de détruire des groupes ethniques particuliers. Jusqu’à présent, Amnesty International n’a pas été en mesure de conclure qu’il s’agissait d’un génocide ni que ces actes avaient été « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».
L’instauration d’une Commission internationale d’enquête s’impose




