AFR 59/007/2006
Londres, le 8 septembre 2006
Le 8 septembre, le journal ougandais Red Pepper a publié une liste de 13 femmes qu’il affirmait lesbiennes. L’homosexualité constitue une infraction pénale en Ouganda et Amnesty International pense que de telles allégations pourraient mettre leur sécurité en danger. L’article appelait à la dénonciation de toute autre femme soupçonnée d’homosexualité en vue de « débarrasser notre patrie de ce vice dévastateur ».
C’est la troisième fois en quelques semaines que Red Pepper s’en prend ouvertement et spécifiquement aux lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT). Le 8 août, ce journal a publié une liste similaire de noms d’hommes qu’il taxait d’homosexualité. Le 7 septembre, dans un autre article, il a fait paraître le nom et la photo d’un homme qui était selon lui recherché par la police pour s’être livré à des « activités d’homosexualité [sic] ». Après la publication, le 8 août, de la première liste de noms, Amnesty International a reçu plusieurs informations faisant état de harcèlement sur des gays, bisexuels et transgenres qui avaient été nommés. Certains ont déclaré avoir été harcelés par des collègues, tandis que d’autres auraient été rejetés par leurs proches.
Amnesty International a fermement condamné la publication de cet article dans une déclaration publique datée du 29 août (voir http://web.amnesty.org/library/index/fraAFR590062006 ) et reste préoccupée par les attaques de Red Pepper visant les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, car elles exposent les personnes nommées à un fort risque de discrimination et de violences de la part d’individus ou des autorités.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
La dénonciation de personnes en raison de leur homosexualité présumée ou avérée est une pratique qui vient s’ajouter à une série d’atteintes aux droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) en Ouganda. Amnesty International est préoccupée par le fait que la criminalisation de l’homosexualité, prévue par le Code pénal de l’Ouganda, fournit un fondement légal à de tels actes. L’organisation a été informée de plusieurs atteintes de ce type.
Ainsi, au début du mois de juin 2006, l’Uganda Joint Christian Council (UJCC, une coalition d’organisations chrétiennes) a déclaré publiquement qu’elle « déplorait fermement et catégoriquement toute activité encourageant ou promouvant l’homosexualité et le lesbianisme, qui sont condamnés par la Bible », ajoutant que l’homosexualité constituait « une perversion de la sexualité humaine ». L’UJCC a appelé « le clergé, les parents et toute personne de bonne volonté à élaborer des programmes visant à enseigner les dangers liés à l’homosexualité et au Lesbianisme [sic] ».
Le 20 juillet 2005, un raid a été effectué au domicile de Victor Juliet Mukasa, qui milite en faveur des droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles et transgenres, en son absence. Une personne qui restait chez elle a été arrêtée et soumise à un traitement humiliant et dégradant en garde à vue. Aucun mandat n’a été présenté pour la perquisition du domicile, et la personne arrêtée a été relâchée le lendemain matin sans avoir été inculpée.
Le 5 juillet 2005, le Parlement ougandais a voté en faveur d’une modification de la Constitution disposant que le « mariage n’est légal que s’il est contracté entre un homme et une femme ». Le nouveau texte dispose aussi qu’il « est illégal pour deux personnes du même sexe de se marier ».
En octobre 2004, une station de radio avait dû payer une amende pour avoir accueilli sur ses ondes une émission-débat en direct avec des personnes militant en faveur des droits en matière de sexualité, qui avaient évoqué les discriminations à l’encontre des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles et transgenres en Ouganda et leurs besoins en matière de services liés à la lutte conte le VIH/sida. Le Conseil des médias a infligé une amende d’environ 800 euros à la station de radio, arguant du fait que ce programme était « contraire à la moralité publique » et contrevenait aux lois en vigueur.
ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre langue) :
déclarez-vous préoccupé par la publication, le 8 septembre, d’une liste de femmes dénoncées pour leur homosexualité dans le journal Red Pepper ;
dites-vous inquiet par le fait que les attaques incessantes de ce journal contre les lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles et transgenres expose ces personnes au danger ;
priez les autorités de mener une enquête détaillée sur toutes les attaques signalées contre des lesbiennes ou des gays, ou contre des personnes présumées lesbiennes ou gays ;
appelez les autorités à prohiber toute incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence contre les lesbiennes et les gays, conformément aux normes internationales, en particulier au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Ouganda est partie.
APPELS À :
Président Pdt. Yoweri Museveni Parliament Building PO Box 7168 Kampala Ouganda Fax : + 256 41 346 102 Courriers électroniques : info gouexecutive.net
Ministre de la Justice : Makubuya Kiddu Parliament Building PO Box 7183 Kampala Ouganda Fax : + 256 41 2254 828 Courriers électroniques : info justice.go.ug Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,
COPIES À :
Ministre de l’Intérieur : Ruhakana Rugunda Crested Towers PO Box 7084 Kampala, Ouganda Fax : + 256 41 2231 188
Ambassade de la République d’Ouganda Avenue de Tervuren 317 1150 Bruxelles Fax : 02.763.04.38 Email : ugembrus brutele.be
PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT ET AVANT LE 20 OCTOBRE 2006.





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