Le 24 juillet, à 9 heures du matin, trois hommes armés se sont introduits de force chez Norma Maldonado, dans la ville de Guatémala. Ils ont traîné les personnes présentes jusqu’au rez-de-chaussée. Il y avait notamment un membre du conseil d’administration de Mamá Maquín, groupe de défense des droits des femmes issues de la population indigène rurale, ainsi qu’une étudiante américaine qui travaillait avec les autres femmes. Les hommes ont ouvert des dossiers dans plusieurs ordinateurs et ont rapidement examiné le contenu de documents, de disquettes et de classeurs ; apparemment, ils étaient à la recherche de quelque chose en particulier. L’un des hommes répétait « Ce n’est pas là », ce à quoi un autre répondait « Continue de chercher ». Les individus ont détruit des disquettes et jeté des affiches portant des slogans sur la justice écologique dans l’entrée du bâtiment. Les intrus sont partis après une heure et quelque ; il est possible qu’ils aient pris peur en raison des sonneries répétées du téléphone et de l’arrivée d’un visiteur. Ils ont emporté deux ordinateurs portables renfermant des données sur les activités du groupe ainsi qu’une caméra contenant des séquences d’une réunion qui s’était tenue en juin dernier à Ixcán, au Guatémala, et qui avait rassemblé des défenseurs de la justice écologique mexicains et guatémaltèques opposés au plan Puebla Panamá. Les hommes n’ont pas touché à l’argent, qui était pourtant bien en vue, ni aux voitures, alors que les clés se trouvaient sur le contact.
Norma Maldonado travaille avec le groupe Mesa Global de Guatemala, qui réunit plusieurs organisations, dont Mamá Maquín. Elle se préoccupe de l’impact sur les communautés locales des projets de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) et du plan Puebla Panamá. À la suite de la réunion d’Ixcán, qui a été ouvertement surveillée par des membres du personnel de la base militaire locale, des participants ont déclaré avoir été la cible de menaces de mort. Par ailleurs, lorsqu’elle était au téléphone, Norma Maldonado a entendu des bruits laissant à penser que son appareil était sur écoute.
Ces derniers mois, les actions menées par divers groupes, notamment guatémaltèques, préoccupés par l’impact environnemental et social du plan Puebla Panamá ont fortement attiré l’attention de la communauté internationale, de même que le secret absolu qui a entouré les négociations de ces accords. Amnesty International craint que des individus ayant des intérêts économiques et des liens connus avec l’armée ne soient derrière ces actes d’intimidation, destinés à faire taire les dirigeants de groupes écologistes protestant contre la signature de tels traités.
INFORMATIONS GÉNÉRALES :
Lorsque le raid a été mené au domicile de Norma Maldonado, une vague de violences motivées par des considérations d’ordre politique secouait la ville de Guatémala. Le 24 juillet, pas moins de 5 000 sympathisants du général Efraín Ríos Montt se sont livrés au saccage de la capitale, afin de montrer leur désaccord, semble-t-il, avec de récentes décisions de justice confirmant l’interdiction constitutionnelle pour les participants à des coups d’État - comme Efraín Ríos Montt - de se présenter à une élection présidentielle. Beaucoup sont arrivés dans des bus apparemment fournis par le Frente Republicano Guatemalteco (FRG, Front républicain guatémaltèque), le parti au pouvoir, dont Efraín Ríos Montt est un des membres fondateurs. Les protestataires se seraient vu donner nourriture, armes et instructions par des hommes masqués, dont certains ont été reconnus comme étant des dirigeants du FRG. Appliquant leurs consignes, les manifestants ont commis des actes de vandalisme et de violence, ciblant des opposants notoires au FRG, notamment des juges qui se sont prononcés contre la candidature d’Efraín Ríos Montt, des opposants appartenant au monde des affaires et au milieu diplomatique, ainsi que des journalistes. L’un d’eux est mort des suites, semble-t-il, d’une crise cardiaque, peu après avoir échappé à la foule de mécontents ; un autre journaliste a été aspergé d’essence, mais il a réussi à prendre la fuite avant qu’on ne l’embrase. Plusieurs groupes de défense des droits humains, dont beaucoup avaient exprimé avec force leurs critiques vis-à-vis d’Efraín Ríos Montt et de son parti, ont fermé leurs bureaux et ont cherché à obtenir une protection. D’après les informations recueillies, les troubles n’ont pris fin que lorsque le général Efraín Ríos Montt en personne a ordonné à la foule de se disperser. Sergio Morales, le procureur des droits humains, a annoncé par la suite qu’il avait reçu des informations concernant une liste noire sur laquelle figurent un certain nombre de défenseurs des droits humains à abattre. Le général Efraín Ríos Montt a accédé au pouvoir en 1982 à la suite d’un coup d’État ; il était à la tête du pays lors d’une des pires périodes de répression qui ont marqué les longues années de guerre civile au Guatémala. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Alfonso Portillo et de son gouvernement FRG, en 2000, la situation des droits humains s’est nettement dégradée ; en effet, on a pu constater une multiplication alarmante des atteintes aux droits fondamentaux - actes d’intimidation, harcèlement, surveillance, enlèvements, agressions et exécutions manifestement extrajudiciaires - des défenseurs des droits de la personne, notamment ceux luttant en faveur de la justice écologique. Le général Efraín Ríos Montt étant déterminé à se présenter à l’élection présidentielle, Amnesty International est extrêmement préoccupée à l’idée que les vives tensions du moment ne mènent à de nouveaux actes de violence d’ici au scrutin, prévu au mois de novembre.
ACTION RECOMMANDÉE :
Dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite
possible aux destinataires mentionnés ci-après (en espagnol ou dans votre
propre langue) :
dites-vous vivement préoccupé par la sécurité de Norma Maldonado, des
membres de Mamá Maquín, ainsi que par celle des autres militants en faveur
de la justice écologique qui se sont opposés au plan Puebla Panamá ;
exhortez les autorités à conduire immédiatement une enquête impartiale et
exhaustive sur le raid mené au domicile de Norma Maldonado, à rendre les
résultats de ces investigations publics et à traduire en justice les
responsables présumés ;
appelez les autorités à veiller à ce que les membres de la population
civile, notamment les militants en faveur de la protection de
l’environnement et les défenseurs des droits humains, bénéficient d’une
protection, et à faire en sorte que l’État de droit soit préservé au
Guatémala, afin d’éviter que de nouvelles violences ne soient commises,
comme le 24 juillet dernier ;
invitez les autorités à coopérer pleinement avec la Comísion para la
Investigación de Cuerpos Illegales y Aparatos Clandestinos de Seguridad
(CICIACS, Commission d’enquête sur les groupes armés illégaux et sur les
appareils de sécurité secrets), qui, lorsqu’elle sera mise sur pied, sera
chargée d’enquêter sur les atteintes aux droits humains manifestement
commises par des groupes armés illégaux et des appareils de sécurité
secrets, et demandez-leur de prendre des mesures immédiates en vue de
démanteler ces groupes et d’engager des poursuites contre les responsables
présumés de leurs agissements.
ENVOYEZ VOS APPELS A :
Président de la République :
Lic. Alfonso Portillo Cabrera
Presidente de la República de Guatemala
6a Avenida « A » 4-41, Zona 1
Ciudad de Guatemala - GUATEMALA
Fax : +502 238 3579
Formule d’appel : Excelentísimo Señor Presidente,
Au Ministre de l’Intérieur :
Sr. Adolfo Reyes Calderón
Ministro de Gobernación
Ministerio de Gobernación
6a Avenida 4-64, Zona 4
Ciudad de Guatemala - GUATEMALA
Fax : +502 362 0239 / 0237
Formule d’appel : Señor Ministro,
ENVOYEZ COPIES A :
Procureur des droits humains :
Lic. Sergio Fernando Morales Alvarado- Procurador de los Derechos Humanos- 12 Avenida 12-72, Zona 1#-Guatemala, CA- GUATEMALA - Fax : +502 2381 734
Journal :
Diario Pensa Libre 13 Calle 9-31, Zona 1 Ciudad de Guatemala 01001 Guatémala Fax : +502 251 8768 / 230 2193
Ambassade Guatemala, av Winston Churchill 185, 1180 Bruxelles , Fax : 02 344 04 99
PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.





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