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ÉTHIOPIE. Craintes de torture et de mauvais traitements pour Halima Badrudine Hussein, ressortissante comorienne, Sophia Abdi Nasir, ressortissante suédoise, Ines Chine, ressortissante tunisienne, ainsi que 80 autres hommes, femmes et enfants de diverses nationalités

lundi 23 avril 2007, par Françoise Guillitte

Les personnes nommées ci-dessus figurent parmi plus de 80 détenus maintenus au secret dans au moins trois lieux différents en Éthiopie. Amnesty International craint qu’elles ne soient victimes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements, et qu’elles ne reçoivent pas les soins médicaux nécessités par leur état de santé.

AFR 25/005/2007 AU 88/07

16 avril 2007

Ces personnes ont été arrêtées entre le 30 décembre 2006 et le mois de février 2007 alors qu’elles tentaient de franchir la frontière somalienne pour entrer au Kenya. Elles ont été placées dans différents lieux de la capitale kenyane, Nairobi, avant d’être transférées en Somalie par trois vols charters entre le 20 janvier et le 10 février. Une fois arrivées dans ce pays, elles ont été conduites en Éthiopie.

À aucun moment, l’occasion de contester leur renvoi forcé ne leur a été donnée. La plupart de ces détenus semblent être soupçonnés par les autorités kenyanes et éthiopiennes d’entretenir des liens avec l’Union des tribunaux islamiques somaliens ou avec Al Qaïda.

Amnesty International pense qu’ils sont maintenus dans au moins trois lieux différents en Éthiopie. Certains d’entre eux, dont Bashir Ahmed Maktal et les deux Érythréens dont les noms figurent ci-dessus, seraient détenus dans les locaux du Département central d’enquêtes (également connu sous le nom de Maikelawi), dans la capitale, Addis-Abeba. Les autres sont très probablement incarcérés dans les bases militaires éthiopiennes de Debre Zeit (au sud-est d’Addis-Abeba) et de Jijiga (à environ 60 kilomètres de la frontière somalienne).

Parmi les personnes privées de liberté se trouvent des femmes et des enfants, dont le plus jeune aurait environ quatre ans. Ines Chine, une ressortissante tunisienne, était enceinte au moment de son arrestation et a été blessée d’une balle dans le dos. Pendant sa détention au Kenya, elle n’a pas bénéficié de soins médicaux adaptés, et Amnesty International craint que le fait qu’elle continue d’être détenue ne menace encore sa santé et celle de son futur bébé. Halima Badrudine Hussein, originaire des Comores, et Sophia Abdi Nasir, de Suède, sont toutes deux détenues avec leurs enfants. Amnesty International ignore l’âge de ces derniers. L’organisation pense que cinq autres femmes sont privées de liberté.

Après avoir nié à plusieurs reprises détenir des prisonniers renvoyés du Kenya et de la Somalie, le gouvernement éthiopien a annoncé, le 10 avril, que 29 de ces personnes seraient libérées, et qu’il en avait déjà relâché cinq autres. Cependant, aucun de ces 29 détenus n’a encore été libéré.

Aucune de ces personnes n’a été présentée à un juge ni inculpée d’une infraction reconnue par la loi sous quarante-huit heures, comme l’exige la législation éthiopienne. Plusieurs ont été interrogées par des agents des services de renseignements américains au Kenya et en Éthiopie, et la plupart se sont vu interdire tout contact avec les représentants consulaires de leur pays.

INFORMATIONS GÉNÉRALES En décembre 2006, un conflit a éclaté entre les milices de l’Union des tribunaux islamiques somaliens et les troupes éthiopiennes soutenant le gouvernement fédéral de transition de Somalie. Après plusieurs jours de combats dans la capitale somalienne, Mogadiscio, les milices ont été vaincues.

En janvier, les forces américaines et éthiopiennes ont effectué plusieurs frappes aériennes dans le sud-ouest de la Somalie. L’armée éthiopienne a poursuivi ses opérations au sol dans cette région pendant une bonne partie du mois de mars 2007, officiellement dans l’objectif de « débusquer » tous les membres restants de l’Union des tribunaux islamiques somaliens et les combattants présumés d’Al Qaïda.

Le conflit et les tensions toujours présentes en Somalie ont poussé un très grand nombre de personnes en quête d’asile à tenter de traverser la frontière kenyane. Cependant, le 2 janvier 2007, les autorités du Kenya ont annoncé sa fermeture pour raisons de sécurité.

Depuis décembre 2006, les forces de sécurité kenyanes patrouillent à la frontière et ont arrêté un certain nombre de personnes qui tentaient de la franchir. Les autorités du Kenya ont renvoyé en Somalie au moins 84 d’entre elles. Deux des personnes expulsées qui ont été libérées à la fin du mois de mars ont confirmé qu’elles avaient été détenues en Éthiopie. Par ailleurs, Abdul Malik Mohamed, un Kenyan arrêté en mars dans son pays, a été transféré dans le camp de prisonniers américain de Guantanamo Bay, à Cuba.

ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre langue) :

- dites-vous préoccupé par les informations selon lesquelles environ 80 personnes arrêtées alors qu’elles tentaient de franchir la frontière somalienne pour entrer au Kenya sont toujours maintenues en détention, sans avoir été jugées ni même inculpées ;

- demandez aux autorités d’apporter la garantie que ces personnes seront traitées avec humanité pendant leur détention et qu’elles ne seront ni torturées, ni soumises à d’autres formes de mauvais traitements ;

- exhortez les autorités à leur permettre sans délai de bénéficier de tous les soins médicaux qui pourraient leur être nécessaires, ainsi que d’entrer en contact avec leurs proches et leurs avocats ;

- dites-vous inquiet à l’idée qu’un certain nombre d’enfants soient détenus, et soulignez le fait que l’Éthiopie est partie à la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, dont l’article 37 exige que « nul enfant ne soit privé de liberté de façon illégale ou arbitraire [et que] tout enfant privé de liberté soit traité avec humanité et avec le respect dû à la dignité de la personne humaine, et d’une manière tena nt compte des besoins des personnes de son âge » ;

- engagez les autorités à libérer ces détenus immédiatement, à moins qu’ils ne soient inculpés d’une infraction dûment reconnue par la loi ;

- demandez instamment aux autorités éthiopiennes de révéler sans délai le lieu où se trouvent ces 80 détenus.

APPELS À : Premier ministre : His Excellency Meles Zenawi, Office of the Prime Minister, PO Box 1031, Addis-Abeba, Éthiopie - Fax : +251 11 1552020

Ministre des Affaires étrangères : Mr Seyoum Mesfin, Ministry of Foreign Affairs, PO Box 393, Addis-Abeba, Éthiopie - Fax : +251 11 551 43 00 - Email : mfa.addis telecom.net.et

COPIES À : Ministre de la Justice : Mr Assefa Kesito, Ministry of Justice, PO Box 1370, Addis-Abeba, Éthiopie - Fax : +251 11 5517775 / 5520874 - Email : ministry-justice telecom.net.et

Ambassade de la République fédérale démocratique d’Ethiopie Avenue de Tervuren 231 1150 Bruxelles - Fax : 02.771.49.14 - Email : etebru brutele.be

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