Les fréquents contrôles de police ont obligé les réfugiés à se déplacer constamment. Ils ne peuvent que compter sur la générosité de certains membres de la population locale pour subvenir à leurs besoins en eau et en nourriture et vivent dans des conditions épouvantables ; cette situation s’est aggravée depuis que la saison des pluies a commencé. Plusieurs réfugiés, notamment des enfants, ont contracté la malaria et n’ont pas reçu de soins médicaux.
Selon les informations recueillies, ces réfugiés ont fréquemment été harcelés par certains membres de la population locale et des forces de sécurité. Le 9 juin, à 2 heures du matin, ils ont été attaqués par cinq représentants armés des forces de l’ordre en uniforme dans des immeubles en construction à Attoban, un quartier d’Abidjan, où ils avaient trouvé refuge. Les cinq individus ont tiré des coups de feu en l’air et ordonné aux réfugiés de sortir de leurs abris et de s’étendre sur le sol. Ils ont alors battu certains d’entre eux à coups de ceinture et leur ont enjoint de quitter les lieux sur-le-champ, disant d’une voix forte : « En Côte d’Ivoire, il n’y a pas de réfugiés, il n’y a que des rebelles ». Avant de partir, ils ont dépouillé les réfugiés de tous leurs biens et les ont prévenus qu’ils reviendraient voir s’ils avaient bien évacué les lieux.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Ces actes s’inscrivent dans un contexte de xénophobie encouragée par des intervenants politiques et par certains médias. Les personnes de nationalité ivoirienne ou étrangère qui portent un nom musulman sont systématiquement accusées de soutenir les individus armés à l’origine de la tentative de coup d’État de septembre 2002. Celle-ci avait conduit à la partition de facto du pays. Jusqu’alors, plusieurs dizaines de milliers de réfugiés (originaires du Libéria, pour la plupart) vivaient paisiblement en Côte d’Ivoire, et ce depuis des années. Mais après les événements de septembre 2002, des réfugiés, notamment à Abidjan, ont été insultés, agressés et accusés de soutenir les instigateurs de la tentative de coup d’État. D’autres ont été contraints à rejoindre les forces gouvernementales ou les groupes armés d’opposition qui ont émergé dans l’ouest du pays (Veuillez consulter le document intitulé : Côte d’Ivoire. Nul endroit où fuir. Les réfugiés libériens en Côte d’Ivoire, AFR 31/012/2003, juin 2003).
ACTION RECOMMANDÉE : écrivez
au Président de la République :
Monsieur Laurent Gbagbo -
Président de la République -
Présidence de la République -
BP 1354, Abidjan 01 -
Côte d’Ivoire -
Fax : +225 20 21 14 25
Ministre de la Sécurité :
Monsieur Martin Bléou -
Ministre de la Sécurité -
Bloc ministériel -
Blvd Angoulvand -
BP V121, Abidjan -
Côte d’Ivoire -
Fax : +225 20 32 12 24
Ministre des Droits de l’homme :
Madame Victorine Wodié -
Ministre des Droits de l’homme -
BP 2020, Abidjan 01 -
Côte d’Ivoire -
Fax : +225 20 32 00 48
* dites-vous gravement préoccupé par l’attaque récemment perpétrée par les forces de sécurité contre Alphonso Faroy, Higgins Bernard Jr, Mensah Ainankra, Hortense Lotika et une trentaine d’autres réfugiés, notamment des femmes et des enfants, le 9 juin 2004 à Abidjan ;
* appelez les autorités à s’engager publiquement à prendre des mesures immédiates pour garantir la sécurité des réfugiés en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), conformément aux obligations qui incombent à la Côte d’Ivoire aux termes de la Convention relative au statut des réfugiés, adoptée par les Nations unies en 1951, et de la Convention de 1969 de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique ;
* demandez instamment que l’on procure à ces réfugiés de la nourriture, de l’eau et un toit, ainsi que des soins médicaux pour ceux qui en ont besoin ;
* exhortez les autorités à sommer les forces de sécurité de respecter les droits humains et de protéger les réfugiés ;
* rappelez aux autorités qu’en tant que partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Côte d’Ivoire est tenue de respecter le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de toute personne, y compris les réfugiés ;
* rappelez-leur également qu’en tant que partie à la Convention relative aux droits de l’enfant, la Côte d’Ivoire se doit de respecter, de protéger et de satisfaire le droit à la santé et le droit au logement de tout enfant se trouvant sur son territoire, y compris en tant que réfugié, et ce au titre du droit à un niveau de vie suffisant.





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