Amnesty International demeure préoccupée par la sécurité des personnes qui œuvrent en faveur de la défense des droits fondamentaux au sein de l’OFP (Organisation populaire de femmes) dans la municipalité de Cantagallo (département de Bolívar). En effet, celles-ci ont récemment été menacées par des paramilitaires opérant avec le soutien de l’armée. Le 5 février, une réunion a été organisée à Cantagallo dans les locaux de l’OFP pour évoquer les menaces formulées par des paramilitaires contre des membres de ce mouvement. Cette rencontre a été interrompue par des hommes armés soupçonnés d’être des membres d’un groupe paramilitaire. Malgré la présence de représentants des services régionaux du bureau du Defensor del Pueblo, du Bureau de la Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies en Colombie, des services de la mairie, d’autres organisations non gouvernementales de défense des droits humains, de l’église et de l’Organisation populaire de femmes, les hommes armés n’ont par hésité à proférer des menaces contre l’OFP, indiquant qu’ils reviendraient à Cantagallo pour incendier les bureaux de cette organisation et qu’ils tueraient tout responsable de ce mouvement qui se serait refusé à quitter les lieux. Selon les informations recueillies par Amnesty International, l’OFP a informé le directeur du Programme présidentiel de promotion (respect et garantie des droits humain) de cette intrusion. Toutefois, bien que la police et l’armée disposent d’effectifs à Cantagallo, les autorités n’ont pris aucune mesure efficace pour démanteler les groupes paramilitaires qui opèrent dans la région, ni pour protéger l’OFP. Les personnes qui militent en faveur des droits fondamentaux au sein de l’OFP dans les départements de Bolívar et de Santander ont été menacées à maintes reprises. Selon les informations recueillies, Cleotilde Morón, qui a succédé à l’ancienne coordonnatrice du groupe de l’OFP de Cantagallo , a été abordée deux jours après avoir pris ses fonctions par un commandant paramilitaire. Celui-ci lui aurait déclaré qu’il savait qu’elle était la nouvelle coordonnatrice du groupe de l’OFP de Cantagallo et que cette fonction serait pour elle une source de problèmes. Ces menaces formulées par des paramilitaires au cours de la réunion de l’OFP ne sont que la dernière en date d’une longue série de manœuvres d’intimidation qui visent les défenseurs des droits humains de la région. Jackeline Rojas, qui supervise les activités de l’OFP dans les environs de Cantagallo, a été déclarée « objectif militaire » en novembre 2002 par des paramilitaires qui considèrent apparemment son organisation comme une menace pour le contrôle qu’ils exercent sur la région. Jackeline Rojas n’a pas interrompu les activités de supervision qu’elle mène pour l’OFP dans la région de Cantagallo. Amnesty International craint toujours que ces femmes ne soient en danger. Nous vous demandons instamment d’agir en copiant et en envoyant la lettre ci-dessous :
Sr. Presidente Alvaro Uribe Vélez Presidente de la Republica de Colombia, Palacio de Narino Carrera 8No. 7-26, Santafé de Bogota, Colombie
Monsieur le Président de la République,
Informé(e) par Amnesty International, je vous adresse mes plus vives préoccupations concernant la sécurité de Madame Cleotilde Morón et des autres personnes qui œuvrent en faveur de la défense des droits fondamentaux au sein du groupe de Cantagallo (département de Bolívar) de l’Organización Femenina Popular (OFP, Organisation populaire de femmes), compte tenu des menaces récemment formulées contre les membres de cette organisation, le 5 janvier. J’appelle les autorités colombiennes à mener une enquête exhaustive sur ces menaces et à traduire leurs auteurs présumés en justice. Je demande instamment aux autorités colombiennes de prendre les mesures jugées nécessaires par les membres de l’OFP pour garantir leur sécurité, afin que ceux-ci puissent poursuivre leurs activités légitimes de défense des droits humains sans avoir à craindre d’être victimes de représailles. J’invite le gouvernement colombien à engager et à maintenir un dialogue constructif avec les défenseurs des droits humains, et à aborder la question de leur protection et de la prévention des agressions dont ils sont la cible. J’appelle le gouvernement colombien à s’acquitter des obligations qui lui incombent envers les défenseurs des droits humains aux termes de la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société, de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus, adoptée par les Nations unies le 9 décembre 1998, ainsi qu’en vertu de la résolution sur les « défenseurs des droits de la personne dans les Amériques » adoptée par l’Organisation des États Américains (OEA) le 7 juin 1999 [AG/RES. 1671 (XXIX-O/99)], et de vous conformer aux nombreuses recommandations formulées par les Nations unies. J’exprime mon inquiétude quant à la présence persistante d’un grand nombre de paramilitaires opérant avec le soutien de l’armée dans la municipalité de Cantagallo et dans la région environnante, où les militaires sont pourtant présents en force, et je demande instamment que des mesures décisives soient prises pour combattre et démanteler les groupes paramilitaires, conformément aux nombreuses recommandations des Nations unies et aux engagements pris à maintes reprises par le gouvernement. Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de ma parfaite considération.





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