La forme de violence sexuelle la plus fréquemment signalée au Burundi est le viol commis par des individus isolés ou des agents de l’État, notamment des responsables de l’application des lois et des militaires. La plupart des femmes et des jeunes filles sont violées chez elles ou dans leur quartier. Ce type de violence est très répandu dans tout le pays. De 2004 à 2006, chaque année, Médecins sans frontières, a reçu en moyenne 1 346 témoignages de femmes déclarant avoir été violées, soit 26 par semaine. Ces statistiques ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Les informations fournies par les médias et les organisations médicales et de défense des droits humains ne concernent donc que les femmes qui ont pu se rendre dans un centre de santé ou de soutien psychologique. Un nombre incalculable d’autres femmes souffrent en silence.
« J’ai découvert que mon mari avait violé notre fille de huit ans. Il a reconnu l’avoir fait. Il m’a nargué en disant que c’était sa fille et qu’il pourrait recommencer s’il voulait »
Le viol et d’autres formes de violence sexuelle sont très répandus au sein de la famille et de la communauté. 63, 2 p. cent des viols au Burundi seraient commis par des voisins et des proches, en d’autres termes des personnes que la victime connaît ou qui lui sont apparentées. Les plus exposées sont les jeunes filles et les jeunes femmes : en décembre 2006, 60 p. cent des viols signalés concernaient des mineures. Les femmes sont moins disposées à dénoncer leur mari ou leur père si l’arrestation de celui-ci signifie la perte de la principale source de revenus de la famille. D’autres catégories de la population sont particulièrement vulnérables, dont les veuves, les réfugiées de retour chez elles et les femmes vivant seules.
« Je n’ai pas déposé de plainte car j’étais terrorisée. Qui plus est, personne n’aurait accepté de témoigner en ma faveur parce que, à ce moment-là, tout le monde avait peur des représailles »
Les victimes gardent souvent le silence car elles sont trop effrayées pour oser dénoncer un viol. En l’absence d’aide de l’État, de la communauté et souvent des proches, il est fréquent que les femmes ne signalent pas les violations qui sont commises contre elles, qui ne sont donc pas prise en compte. Elles doivent faire face seules aux conséquences de ces violences. Dans la plupart des cas, les femmes ne dénoncent pas le viol dont elles ont été victimes car elles craignent des représailles de la part de leur agresseur. Qui plus est, au Burundi les femmes font l’objet de différentes formes de discrimination fondées sur le genre - notamment la réprobation sociale envers les victimes de viol.
« J’aurais aimé avoir un mari et des enfants, mais maintenant j’ai perdu tout espoir. Chaque fois qu’un homme apprend que j’ai été violée, il me quitte »
Les victimes et les survivantes ont souvent exprimé leurs sentiments de honte d’avoir été violées. Au Burundi, l’idée fausse qui veut que la victime d’un viol soit responsable de ce qui lui est arrivé est très répandue : le viol est attribué à son comportement ou sa tenue vestimentaire. Souvent la famille de la victime ainsi que ses amis et sa communauté la rejettent et celle-ci se retrouve seule et sans ressources. Des pratiques coutumières qui privent les femmes de certains de leurs droits, comme celui de posséder des biens ou la terre qu’elles cultivent ou d’en hériter, renforcent la dépendance économique des femmes par rapport aux hommes. Des victimes de viol ont exprimé leur réticence à engager une procédure judiciaire car elles craignaient de perdre le soutien économique de leur famille ou de leur conjoint. D’autres facteurs économiques - notamment la pauvreté, le manque d’accès à l’éducation, à l’information et aux soins médicaux - aggravent la vulnérabilité des femmes. Cet ensemble complexe de facteurs empêche les victimes de viol d’engager une procédure judiciaire contre leur agresseur.
Les autorités du Burundi n’exercent pas la diligence requise pour empêcher les viols et d’autres formes de violences sexuelles, mener des enquêtes et punir les auteurs de tels actes. Ceux-ci échappent donc fréquemment aux poursuites et aux sanctions. Le taux de poursuites débouchant sur des condamnations reste très bas pour les violences sexuelles. Ces lacunes du système ont créé un climat dans lequel les victimes de viol sont réticentes à engager une procédure judiciaire ou dans l’incapacité de le faire. Il ne répond pas à l’attente des femmes des zones rurales qui ignorent dans la plupart des cas la procédure à suivre pour engager une procédure judiciaire et qui n’ont le plus souvent pas accès à l’assistance psychologique, sociale et médicale fournie par des organisations non gouvernementales (ONG) actives au Burundi.
Les responsables de l’application des lois et les autorités judiciaires font régulièrement preuve d’indifférence envers les victimes qui affirment avoir été victimes de tels délits, manquant ainsi à leurs obligations professionnelles. Les agents de l’État négligent souvent de veiller à ce que les plaintes pour viol fassent l’objet d’une enquête débouchant sur des poursuites contre les responsables. La police judiciaire accorde une importance disproportionnée à la présentation d’un certificat médical comme condition préalable à des poursuites, et ne cherchent pas à obtenir des preuves au moyen d’autres techniques d’investigation. Cette façon d’agir de la police et des tribunaux suscite le doute chez les femmes qui se demandent si le fait de dénoncer des violences sexuelles aux autorités est un recours efficace permettant que justice soit rendue. Cette méfiance est renforcée par les informations faisant état de violations des droits humains, et notamment de viols, imputables aux responsables de l’application des lois eux-mêmes. Les femmes qui déposent une plainte pour viol ne sont pas vraiment soutenues par les autorités judiciaires ; leurs besoins et leurs inquiétudes ne sont le plus souvent pas pris en compte pendant les investigations et les audiences. Les défaillances du système judiciaire conduisent les victimes et leurs familles à recourir au système traditionnel et informel de résolution des conflits qui comporte souvent le versement d’une somme d’argent par l’agresseur ou sa famille en dédommagement. Les victimes peuvent aussi être contraintes d’épouser leur agresseur, ce qui ne fait qu’aggraver l’atteinte initiale à leurs droits.
Ce sont les ONG nationales et internationales qui fournissent actuellement une assistance médicale, psychologique et sociale aux victimes de viol. Toutefois, le niveau général d’aide est très faible et il ne permet pas de faire face au nombre de cas de viols et de violences sexuelles signalés au Burundi. De nombreuses femmes restent sans aide. L’État ne peut pas se dérober à sa responsabilité : il lui appartient de fournir des soins médicaux, une aide juridique ainsi qu’un soutien psychologique et social aux victimes de viol.
ACTION RECOMMANDÉE : Contribuez personnellement à améliorer l’accès à la justice des femmes au Burundi en écrivant une lettre aux autorités burundaises. Veuillez trouver un modèle de lettre dans le document joint au présent article.
APPEL À :
Président Pierre Nkurunziza Président de la République - Boulevard de l’Uprona - Rohero I - BP 1870 - Bujumbura - Burundi - Fax : +257 22 22 74 90
M. Martin Nduwimana Premier Vice-Président de la République - Boulevard de l’Uprona - Rohero I - BP 1870 - Bujumbura - Burundi - Fax : +257 22 22 64 24
Mme Clothide Niragira Ministre de la Justice et Garde des Sceaux - Chaussée Prince Louis Rwagasore - BP 1880 - Bujumbura - Burundi - Fax : + 257 22 21 86 10 ou +257 22 25 00 40
Honorable Madame Immaculée Nahayo Ministre de la Solidarité nationale, des Droits de la personne humaine et du Genre - BP 5758 - Bujumbura - Burundi - Fax : +257 22 21 75 49 ou +257 22 21 82 01





