- « La pauvreté est le plus grand scandale des (...)
- Qu’est-ce que la pauvreté ?
- Pouvons-nous comparer la pauvreté chez nous (...)
- La pauvreté est-elle actuellement un problème (...)
- Quelle importance attribue Amnesty International
- Qui est responsable de la pauvreté, où se (...)
- La responsabilité n’incombe-t-elle pas en (...)
- Quelle est la responsabilité des entreprises (...)
- Qu’est-ce qu’ATD Quart Monde ?
- Que désire atteindre Amnesty International (...)
- Amnesty International se transforme-t-elle en (...)
- Est-ce qu’Amnesty International ne se (...)
« La pauvreté est le plus grand scandale des droits humains de notre époque. » Que signifie cette déclaration d’Irene Khan, la Secrétaire générale d’Amnesty International ?
La pauvreté n’est pas une fatalité. Les êtres humains ne sont pas seuls responsables s’ils doivent vivre dans la pauvreté. La pauvreté est la conséquence et à la fois la cause de nombreuses violations des droits humains. Le cercle vicieux de la pauvreté frappe des êtres humains dont les droits fondamentaux ne sont pas respectés, comme le droit à l’alimentation et à l’eau potable, le droit à l’éducation, aux soins médicaux de base, à un logement décent, mais aussi le droit de pouvoir gagner sa vie (droit à un travail). Souvent, ils sont même privés de leurs droits politiques et civils afin qu’ils ne puissent pas se défendre contre les injustices.
Près de la moitié de la population mondiale est touchée par la pauvreté. Le fossé entre riches et pauvres, entre Nord et Sud, mais également au sein même de chaque pays, se creuse chaque jour un peu plus. Et même dans les pays industrialisés, le nombre de personnes concernées par la pauvreté ne cesse d’augmenter.
En tant qu’organisation de défense des droits humains, nous ne pouvons pas rester impassibles face à ce scandale. La Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée il y a 60 ans. Elle devait garantir à tous les êtres humains le droit de vivre en sécurité et dans la dignité. Mais, à l’heure actuelle, nous en sommes bien loin. Les êtres humains ne doivent pas encore attendre 60 ans pour que leurs droits soient respectés.
Qu’est-ce que la pauvreté ?
La pauvreté n’est pas une question de revenu. La pauvreté revêt de multiples visages :
La pauvreté, c’est la faim. La pauvreté, c’est ne pas avoir un toit au-dessus de sa tête. La pauvreté, c’est être malade et ne pas avoir la possibilité de voir un médecin. La pauvreté, c’est ne pas avoir accès à l’éducation, ne pas pouvoir lire et écrire. La pauvreté, c’est ne pas avoir de travail et de perspectives d’avenir, c’est devoir lutter chaque jour pour survivre. La pauvreté, c’est perdre un enfant parce qu’il n’y a pas d’eau potable.
La pauvreté, c’est être impuissant·e et sans voix. La pauvreté, c’est quand d’autres décident à notre place. La pauvreté, c’est être dépendant·e des autres. La pauvreté, c’est être exclu·e de la vie sociale et politique. La pauvreté, c’est être mis-e à l’écart, oublié-e, ne pas être pris-e au sérieux et ne pas être respecté-e. La pauvreté, c’est ne pas avoir de choix. La pauvreté, c’est vivre dans une insécurité permanente.
La pauvreté se manifeste de différentes manières suivant le lieu et l’époque. La pauvreté en Belgique ne se présente pas de la même manière que dans un village du Sahel touché par la sécheresse ou dans un bidonville d’une grande ville en Inde : la pauvreté est le plus souvent la conséquence de violations des droits humains et n’est pas de la seule responsabilité des personnes concernées.
Pouvons-nous comparer la pauvreté chez nous et celle en Afrique par exemple ?
Pas directement. La pauvreté est toujours perçue d’une manière relative par rapport à son propre environnement, par rapport à ce qui est généralement usuel dans la société où l’on vit. Alors que, dans les pays pauvres, la pauvreté constitue souvent une menace existentielle directe, chez nous, ce n’est pas la faim ou l’absence de soins médicaux qui sont les signes flagrants de la pauvreté. Toutefois, même chez nous, un nombre croissant de personnes a de la peine à se payer une nourriture variée et saine. Pour les personnes en situation de pauvreté en Belgique, ce sont avant tout le manque de sécurité sociale, l’absence de perspectives et de chances, également pour leurs enfants, l’exclusion de la vie sociale, le manque de reconnaissance, le mépris, voire le reproche de vivre au crochet de la société, qui affectent leur vie et contribuent pour beaucoup à ce qu’elles se sentent atteintes dans leur dignité.
Que ce soit en Afrique ou en Belgique, la pauvreté signifie souvent la peur, le manque de confiance en soi et d’estime de soi ; c’est aussi se replier sur soi-même et être sans voix.
La pauvreté est-elle actuellement un problème plus important qu’autrefois ?
La réponse à cette question dépend fortement de la manière dont nous définissons la pauvreté et jusqu’à quel point nous pensons qu’elle est évitable.
850 millions de personnes souffrent actuellement de la faim et, en raison de l’augmentation des prix alimentaires, ce chiffre va croître de jour en jour. Et ce bien que la production de denrées alimentaires soit suffisante dans le monde. Mais nos vaches et nos voitures ont un « pouvoir d’achat » bien plus élevé que les personnes souffrant de la faim. De plus en plus de denrées alimentaires sont utilisées pour la production de viandes et pour la transformation en biocarburants.
25’000 personnes meurent chaque jour de sous-alimentation et de maladies causées par de l’eau impropre à la consommation. 1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable, plus du double ne disposent pas d’installations sanitaires. Avec l’argent qui est dépensé en l’espace de 2 semaines seulement pour des armes dans le monde, toutes ces personnes pourraient disposer d’eau potable et d’installations sanitaires d’ici 10 ans.
Chaque année, 2 millions de personnes sont chassées de leur pays par la force. Chaque minute, une femme meurt des suites d’un accouchement. En Afrique, le risque de décès pendant la grossesse ou l’accouchement est 100 fois plus élevé qu’en Europe.
Dans la plupart des pays tout comme chez nous, le nombre de personnes qui ne peuvent plus vivre du salaire de leur travail augmente alors que, parallèlement, la prospérité économique s’accroît.
Quelle importance attribue Amnesty International à la pauvreté d’aujourd‘hui ?
Pour Amnesty, le problème de la pauvreté à l’heure actuelle est d’autant plus important que le monde n’a jamais eu autant de moyens et de possibilités à sa disposition pour éviter et éradiquer la pauvreté. Le monde n’a jamais connu une prospérité aussi grande, dispose de vastes connaissances et de technologies avancées et a adopté des conventions internationales pour la protection des droits humains. Une femme ne devrait plus mourir des suites d’une complication mineure lors d’un l’accouchement et des familles ne devraient plus être insolvables parce qu’elles doivent payer les frais médicaux ou un-e avocat-e.
La pauvreté doit être considérée dans la perspective des droits humains. Si le monde dispose des moyens nécessaires pour enrayer la pauvreté, l’inaction n’est donc plus excusable et constitue une violation des droits humains. La pauvreté ne peut pas seulement être combattue avec des aumônes et la répartition de fonds. La pauvreté peut seulement être combattue avec succès si les droits des personnes concernées sont pris au sérieux et respectés et si les personnes concernées par la pauvreté sont impliquées dans la recherche de solutions.
Qui est responsable de la pauvreté, où se situent les responsabilités ?
Si nous considérons que la pauvreté est en premier lieu la conséquence de violations des droits humains, la responsabilité incombe donc à tous ceux qui ont expressément ou non enfreint la justice, ont profité de la situation ou n’ont rien entrepris pour protéger ou faire respecter les droits humains. La responsabilité incombe également à tous ceux qui prétendent de mauvaise foi qu’ils sont impuissants, qu’il n’existe aucun remède contre la pauvreté, que la pauvreté est une fatalité et est causée en grande partie par la faute des personnes concernées. A tous ceux qui ne veulent pas admettre que la pauvreté n’est pas seulement un problème financier et contestent que tous les êtres humains ont droit à une vie libre, en sécurité et dans la dignité, et droit à une part du bien-être de notre monde. Mais également à tous ceux qui considèrent les personnes en situation de pauvreté avec mépris et manque de respect et qui ne les prennent pas au sérieux, qui ne veulent pas les écouter, qui veulent les exclure.
La responsabilité n’incombe-t-elle pas en premier lieu aux gouvernements ?
En principe, oui. C’est la tâche des gouvernements de remplir aussi les engagements qu’ils ont contractés avec la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des différentes conventions relatives à la protection des droits humains.
Les gouvernements sont tenus de respecter les droits humains, de les protéger et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que tous les êtres humains jouissent de leurs droits. Cela signifie que les gouvernements doivent respecter les normes en matière de droits humains et ne doivent pas exclure ou discriminer certains groupes de personnes. Les gouvernements doivent également veiller à ce que les droits humains ne soient pas bafoués par des tiers (groupements armés, entreprises ou individus). Et, de plus, les gouvernements doivent veiller à ce que les droits deviennent aussi rapidement que possible une réalité pour toutes les personnes : que les enfants puissent aller à l’école, que toutes les personnes aient accès à de l’eau potable propre, que toutes aient accès à la justice ou, lors de décisions qui les concernent, puissent être entendues. Les gouvernements ont également le devoir de soutenir d’autres pays dans l’accomplissement de ces tâches.
Quelle est la responsabilité des entreprises ?
Même si la responsabilité principale incombe aux gouvernements, cela ne signifie pas que d’autres acteurs comme les entreprises ou les institutions internationales telles que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international peuvent être indifférents au respect des droits humains. Les entreprises doivent, elles aussi, respecter les droits humains et faire en sorte qu’elles ne contribuent pas directement ou indirectement à des atteintes aux droits humains. Par exemple en demandant à un gouvernement que des habitant·e·s soient chassé·e·s de leur territoire afin de pouvoir construire une nouvelle fabrique, ou en profitant sans mot dire de la situation, ou en mettant en danger l’approvisionnement en eau des villages avoisinants avec leurs eaux usées contaminées. Même si les gouvernements ne sont pas en mesure, ce qui arrive de plus en plus, de faire respecter les lois locales et les droits humains face aux grandes entreprises internationales, cela ne doit pas signifier que les entreprises ont toutes les libertés. Il manque toutefois des normes contraignantes afin de pouvoir demander effectivement des comptes aux entreprises.
Qu’est-ce qu’ATD Quart Monde ?
ATD Quart Monde est un mouvement présent dans 24 pays qui rassemble les personnes les plus démunies et les personnes solidaires. Il lutte contre l’exclusion sociale et la « déshumanisation » qui accompagne très souvent la pauvreté. ATD a été fondé en 1957 comme un mouvement de quartier dans l’une des zones les plus pauvres de Paris. Les habitant·e·s se sont défendu·e·s corps et âme parce que leurs enfants n’avaient pas le droit d’aller à l’école, parce qu’il n’y a avait pas d’eau potable ou que le courrier n’était pas livré dans le quartier. Jusqu’à aujourd’hui, le mouvement est porté par les personnes directement concernées. Avec ses actions, ATD Quart Monde vise à promouvoir un dialogue entre les plus personnes les plus démunies et la société et est convaincu qu’il n’est pas possible d’éliminer la pauvreté sans associer les plus pauvres dans cette lutte.
Que désire atteindre Amnesty International avec la campagne sur la pauvreté et la dignité humaine ?
Nous désirons que tous les acteurs reconnaissent les droits humains comme élément central de la lutte contre la pauvreté et qu’ils tiennent compte de cette dimension dans leurs actions.
Les gouvernements doivent assumer leurs responsabilités et doivent rendre des comptes si nécessaire. Il en va de même pour les entreprises et d’autres acteurs. Cela signifie que des mécanismes doivent être mis en place pour que tous les êtres humains puissent faire valoir leurs droits et être dédommagés en cas de violation de leurs droits.
Amnesty s’engagera pour que personne ne soit privé de ses droits. L’accès à l’éducation, aux services de santé, à l’alimentation, à la nourriture, à l’eau potable, à un logement, mais aussi à l’information et le droit de décider pour sa propre vie sont les conditions pour éliminer la pauvreté.
Cependant, nous pouvons réussir dans cette lutte contre la pauvreté seulement si nous nous battons avec les personnes concernées pour défendre leurs droits. Les personnes touchées par la pauvreté sont le mieux placées pour savoir quels droits leur sont refusés et ce dont elles ont besoin pour améliorer leur situation. Ce n’est que lorsque les personnes concernées sont elles-mêmes impliquées dans la solution qu’elles pourront choisir et assumer la façon dont elles veulent vivre et se libérer de la dépendance et de l’oppression.
Amnesty International se transforme-t-elle en une œuvre d’entraide ?
Non. Amnesty International ne financera pas de projets de développement à l’avenir mais nous nous engagerons pour que tous les acteurs reconnaissent le respect des droits humains comme un élément-clé dans le développement durable et le prennent effectivement en compte. Alors que la plupart des œuvres d’entraide l’ont reconnu depuis de nombreuses années, cette prise de conscience fait encore largement défaut notamment dans les organisations internationales. Trop souvent, on pense seulement à la dimension financière et technologique et on planifie sans tenir compte des êtres humains. Ce n’est pas un plaidoyer contre le travail d’aide au développement, bien au contraire. Cependant, tous les acteurs doivent inclure dans l’aide au développement la question des droits humains et d’une véritable collaboration avec les personnes concernées.
Est-ce qu’Amnesty International ne se disperse pas trop en s’investissant dans cette thématique ?
Non. Amnesty International a le mandat de s’engager pour les droits humains dans leur globalité. Tous les droits humains ont une valeur identique, sont indivisibles et dépendent les uns des autres. Sans le droit à l’éducation, il est pratiquement impossible d’exercer les droits civils et politiques. Sans eau potable, le droit à la santé est une illusion, etc.
Si nous désirons que tous les êtres humains puissent vivre libres, en sécurité et dans la dignité, nous ne pouvons donc pas nous concentrer sur un nombre restreint de droits. Nous devons nous engager partout où des millions de personnes sont quotidiennement touchées par la violation de leurs droits. Amnesty International, en tant que plus grande organisation de défense des droits humains, ne peut pas être présente partout en même temps. Mais si elle réussit à donner une voix aux victimes et que nous nous engageons ensemble avec elles pour défendre leurs droits, nous pourrons alors renforcer considérablement notre efficacité.




