À l’initiative de la Coalition belge contre l’utilisation des enfants soldats, dont Amnesty International fait partie, plus de 800 jeunes se mobilisent, entre autres en chansons, pour dire « Non à l’utilisation des enfants soldats ». Ils viendront déposer leurs jouets en forme d’armes pour qu’ils soient écrasés par un rouleau compresseur, en symbole de lutte contre l’utilisation des enfants soldats. Le Ministre de la coopération au développement Charles Michel sera présent pour recevoir les recommandations formulées par la coalition.
Pour inciter la communauté internationale à continuer à s’engager dans ce combat, les membres de la coalition commémorent chaque année le protocole en vigueur depuis 2002.
Complément d’informations :
300 000 enfants soldats sont recencés dans le monde. En 1988, leur nombre était estimé à 200 000, 10 % de ces enfants combattant se trouveraient en RDC. 30 000 à 35 000 enfants congolais, des jeunes enfants aux jeunes adultes de dix-sept ans, ont directement participé au conflit. Certains groupes armés utilisaient plus de 40% d’enfants soldats dans leurs troupes. En 2008, selon le Child Soldiers Global report, il restait environ 7 000 enfants soldats dans les rangs des forces gouvernementales et des groupes armés, y compris des groupes armés étrangers.
Dans le monde, on en trouve aussi entre autres en Afghanistan, Angola, Azerbaïdjan, Bangladesh, Birmanie, Burundi, Cambodge, Colombie, Congo, Erythrée, Ethiopie, Iles Salomon, Inde, Iran, Irak, Liban, Liberia, Mexique, Myanmar, Népal, Ouganda, Ouzbékistan, Pakistan, Papouasie, Paraguay, Nouvelle Guinée, Pérou, Philippines, République démocratique du Congo, Russie, Tchétchénie, Rwanda, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Sri Lanka, Tadjikistan, Tchad, Timor oriental. On les appelle enfants soldats mais aussi « Little bees » en Colombie, « Kadogos » en RDCongo, « Craps » au Rwanda ou « Small-soldiers » au Liberia
Un phénomène ancien mais en mutation
Le phénomène des enfants soldats n’est pas nouveau : certaines cités de la Grèce Antique socialisaient les enfants au sein d’institutions militaires ; au Moyen Age, au cours des croisades, des enfants participaient aux combats ; pendant la seconde guerre mondiale, des enfants étaient utilisés pour palier le manque de soldats. Néanmoins, jusqu’à tout récemment, le rôle réel des enfants dans des combats était généralement limité par le poids et la complexité du maniement des armes. Les enfants soldats étaient donc affectés à des tâches moins physiques, telles les services de courrier ou de cuisine, la surveillance de route, l’espionnage, la musique militaire… Et ce phénomène ne touchait (en très grande majorité) que les garçons.
Un changement se produit à la fin du XXe siècle, dû à l’évolution technologique et la nature particulière des conflits. Les armes automatiques modernes, telles l’AK47 ou le M-16, dont le maniement est extrêmement aisé, ne requièrent pas la force d’un adulte. Ils sont facilement utilisables par des enfants, fille et garçon. De même, le faible prix de ces armes les rend plus accessibles. Ainsi, il est très important de préciser que la problématique des enfants soldats est liée en grande partie à celle de la prolifération des armes légères.
Des « qualités » de combattants recherchés
Il est difficile de déterminer ce que serait l’enfant soldat type, son parcours, son enrôlement. On a recours aux enfants pour plusieurs raisons : ils sont vus comme étant plus faciles à contrôler, ne demandent pas de salaire, ne contestent pas les ordres. Nombre d’entre eux ont été enlevés alors qu’ils étaient à l’école, dans la rue ou chez eux. D’autres s’engagent « volontairement », souvent parce qu’ils ne voient guère d’autre solution. Des enfants ont été recrutés dans des camps de réfugiés au Rwanda et ont été utilisés par des groupes armés dans le Nord Kivu. On fait aussi état d’une utilisation de toutes sortes de drogue afin de lancer ces enfants dans les combats, ce qui peut poser, à long terme, des problèmes de dépendance.
Les fillettes semblent être confrontées à une situation bien plus complexe : selon les enquêtes menées par Amnesty, les commandants ne s’estiment pas obligés de libérer les jeunes filles et fillettes, qu’ils considèrent comme leur propriété sexuelle. Cette attitude discriminatoire est prolongée par certains responsables des programmes de démobilisation quant il y en a, qui , sans se poser de questions, qualifient ces jeunes filles de « personnes à charge » des combattants adultes, au lieu de les considérer comme des personnes associées à l’armée ou à des groupes armés, en droit, à ce titre, de bénéficier des mesures de réinsertion. Même lorsqu’elles ont la possibilité de sortir des rang de l’armée, leur avenir en tant qu’adulte est souvent compromis : impossibilité de prétendre au mariage, rejet et honte de la famille et de la société,... Beaucoup de jeunes filles, par peur du stigmate, ne vont pas s’inscrire aux programmes de DDR, et se tournent, volontairement ou non, vers la prostitution pour survivre.
Dans l’ensemble, tous ces jeunes sont spoliés de leur enfance. Ils sont exposés à de terribles dangers, ainsi qu’à de profondes souffrances physiques et psychologiques dont les effets perdureront tout au long de leur vie. Leur réinsertion ne peut se faire que sur le long terme et nécessite un investissement massif et multiforme. La problématique des enfants soldats devient donc dans la majorité des cas liée à celles, plus générales, de la consolidation de la paix et de la réconciliation sociale à long terme.
En vertu du droit international, le recrutement d’enfants de moins de dix-huit ans et leur utilisation à des fins militaires sont strictement interdits. Le recrutement et l’utilisation d’enfants de moins de quinze ans constituent un crime de guerre. Amnesty demande que le programme de démobilisation soit mené à son terme, avec un financement gouvernemental et international adéquat. Tous les enfants restant dans les forces et groupes armés ou abandonnés par eux doivent être identifiés, en particulier les filles ; et les recruteurs d’enfants doivent être traduits en justice.



