Accueil du site > Agenda > Midi des Droits humains : Tunisie, la « révolution facebook (...)

Midi des Droits humains : Tunisie, la « révolution facebook »

mardi 18 janvier 2011, par Jean-Jules Docquir

Le mercredi 26 janvier 2011 de 12h15 à 14h00

au siège d’Amnesty International

9 rue Berckmans

1060 Bruxelles

JPEG - 8.3 ko

On l’a nommée « révolution de jasmin » ; les Tunisiens préfèrent « révolution facebook ». Cette révolution est une suite de manifestations insurrectionnelles en Tunisie en décembre 2010 et janvier 2011 ayant abouti au départ du président de la République, Zine el-Abidine Ben Ali, en poste depuis vingt-trois ans. Ces manifestations sont parties de la ville de Sidi Bouzid (centre-ouest du pays), d’où ses autres noms, « révolte de Sidi Bouzid » ou « intifada de Sidi Bouzid ».

JPEG - 8.1 ko

Ces manifestations sont menées en protestation contre les conditions économiques difficiles, la corruption et la répression policière. Elles débutent en décembre 2010 après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, dont la marchandise avait été confisquée par les autorités.

Elles démontrent une fois de plus à quel point les droits civils et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels sont intimement liés ...

« Révolution de jasmin » : vingt ans auparavant, le président Ben Ali avait déjà nommé sa prise de pouvoir la « révolution au jasmin »

Après les illusions qu’avait suscité l’engouement démocratique de Ben Ali lors de son auto-investiture baptisée « révolution au jasmin », le parti au pouvoir (le Rassemblement Démocratique Constitutionnel (RCD) a bientôt été renommé « retour à la case départ ». Qu’adviendra-t-il cette fois ? Assistons-nous à une véritable transition démocratique ?

Sophie Aujean, coordinatrice Tunise d’AIBF viendra nous partager ses impressions.

Réservation souhaitée : 02/ 538 81 77 ou par mail awilliams amnesty.be>

Voir en ligne : Tunisie

Sans votre aide, nous ne pouvons rien. Faites un don. Maintenant!

2 Messages de forum

  • La révolution est un long processus…et il ne fait que commencer en Tunisie.

    Je précise que ce que j’écris ci-après s’appuie sur :
    - ce que je connais de la Tunisie,
    - des informations obtenues auprès de ma famille, mes proches et connaissances qui vivent à notamment à Oued-Ellil, Tébourba, Sidi Bouzid, Jendouba, Tunis, La Marsa (des villes situées dans différentes zones du pays) et qui appartiennent à différentes catégories sociales ; ces informations ont été obtenues par téléphone (quand les lignes internationales n’étaient pas saturées) et via Internet (Facebook et Skype).
    - la lecture et le visionnage des articles, reportages et vidéos des médias tunisiens (y compris ceux des médias d’Etat) et étrangers (francophones, arabophones et anglophones) de tout bord…

    C’est pourquoi je vais m’attacher à rappeler/rectifier des faits.

    Non, ce n’est pas une révolution « Facebook » ou « Wikileaks » : Facebook a servi d’outil de communication (infos sur les lieux de rassemblement des manifestations, sur les exactions commises par le ministère de l’intérieur, …) dans un pays qui n’a aucun espace d’expression publique ou politique ; Wikileaks n’a rien révélé de nouveau, si ce n’est aux médias étrangers qui fermaient les yeux (les Tunisiens connaissent le niveau de corruption du pays et sont victimes au quotidien de la répression).

    Non, ce ne sont pas les partis d’opposition (interdits ou autorisés sous Ben Ali) qui ont été à l’origine ou qui ont mené ce soulèvement : ils sont déconnectés du peuple et de ses préoccupations notamment parce le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (le parti au pouvoir) les a transformé en coquille vide ou a arrêté, poussé à l’exil ou à la vie clandestine les principaux leaders. Le régime a fait de même avec les membres des associations, ONG ou médias indépendants : la répression brutale n’a épargné personne.

    Non ce n’est pas l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) qui a mené la révolution : la direction nationale de l’unique syndicat du pays est depuis longtemps proche du pouvoir de Ben Ali. Cependant début janvier des cadres régionaux de l’UGTT, par le passé souvent en désaccord avec leur direction nationale, ont aidé à l’organisation de manifestations.

    Non, la politique étrangère des EUA n’est pas plus « morale » que celle de la France : Ben Ali n’ayant pas cédé aux demandes des EUA de laisser la place à Sakhr El Materi (son gendre), il a bien fallu que la politique étrangère des EUA s’adapte... Alors je veux bien prendre acte qu’Obama a félicité les Tunisiens avant que le gouvernement français ne le fasse, mais ne soyons pas dupes ! Par ailleurs, les mea-culpa de l’UE et de la France ne doivent pas non plus nous tromper sur la persistance de la realpolitik en œuvre.

    L’armée tunisienne a osé pousser Ben Ali à partir, parce que le mouvement social était fort mais aussi parce qu’elle avait « l’aval » des EUA...

    Ce mouvement est spontané : des citoyennes et citoyens du centre de la Tunisie (zone délaissée par les politiques économiques du pays) n’ont pas supporté le mort de trop. Ce mouvement est né à partir du geste de Mohamed Bouazizi, qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010. Les habitants de Sidi Bouzid ont manifesté pacifiquement (famille, amis, citoyens révoltés de tout âge et toute condition). D’autres manifestations se sont déroulées rapidement dans le reste du pays sans l’appui d’aucune structure : les téléphones portables et dans une moindre mesure Internet (car le web, comme la presse étrangère sont filtrés et censurés et ce depuis des années ; la censure s’est intensifiée en décembre 2010). Ce sont des petits groupes qui se retrouvaient dans la rue et qui s’agrégeaient. La répression a été d’une violence inouïe : répression policière « classique », mais aussi snippers, policiers en civil qui cassaient, agressaient, détruisaient, tuaient pour décrédibiliser le mouvement et faire peur. Mais ça n’a pas marché, ça ne marche plus…

    Puis des corps de métiers (artistes, avocats, enseignants, …) se sont joints aux manifestations.

    C’est un mouvement spontané et pacifique qui est révolté par la corruption, les inégalités sociales, l’absence totale de liberté d’expression, de réunion, etc. Les revendications sont devenues plus politiques encore au fur et à mesure que le degré de la violence policière augmentait. Les trois discours de Ben Ali ont augmenté la haine de la population envers le régime et les personnes de Ben Ali et des membres de son clan mafieux.

    Bref historique des faits (forcément incomplet)

    - 1956 : Indépendance (fin du protectorat français)

    - 1956-1987 : Règne de Bourguiba

    - 7 novembre 1987 : Coup d’Etat « blanc » (dit aussi « Révolution du jasmin » l’expression n’est donc pas nouvelle…) de Ben Ali qui donne de l’espoir aux Tunisiens. Mais dès le début des années 90’ Ben Ali construit un régime dictatorial sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Début du black-out médiatique et du régime du parti unique, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD).

    - 30 avril 2002 : Tentative de coup d’état militaire déjouée (la direction de l’armée de terre meurt dans un « accident » d’hélicoptère)

    - Printemps 2008 : mouvement social contre la corruption organisée et l’injustice sociale à Redeyef et Gafsa, réprimé dans le sang ; de nombreuses arrestations et condamnations faites dans la plus grande opacité.

    - 17 décembre 2010 Mohamed Bouazizi, désespéré, s’immole par le feu devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid (équivalent d’une préfecture) : vendeur ambulant de légumes, il vient de se faire confisquer pour la énième fois sa marchandise parce qu’il n’a pas d’autorisation.

    - 17 décembre 2010 des habitants proches de ce jeune homme et des commerçants se rassemblent.

    - A partir du 24 décembre : D’autres personnes se suicident. Les manifestants sont de plus en plus nombreux, d’abord dans le centre du pays puis dans d’autres régions du pays, notamment suite à l’assassinat de manifestants par la police. L’UGTT appelle à un sit-in à Gafsa, l’ordre des avocats appelle à une manifestation… les policiers les en empêchent.

    - Début janvier les discours de Ben Ali n’apaisent pas : le 10 janvier il veut faire croire que les manifestations sont l’œuvre de voyous et terroristes ; le 12 janvier il déclare limoger le ministre de l’intérieur ; le 13 janvier il annonce la fin des tirs sur les manifestants, la fin de la censure, la baisse des prix de produits de première nécessité et le fait qu’il ne se présentera pas aux élections présidentielles de 2014. Ce jour là il a notamment limogé ses deux conseillers : Abdelwaheb Abdallah et Abdelaziz Ben Dhia les architectes et maître d’œuvre du régime. La révolte ne s’apaise pas au contraire.

    Le 13 janvier toujours, le chef d’état-major de l’armée de terre, Rachid Ammar, est lui aussi limogé parce qu’il refuse de tirer sur les manifestants (N.B. : sous Bourguiba, comme sous Ben Ali, l’armée a été mise à l’écart ; le régime a développé le ministère de l’intérieur pour réprimer la population).

    - 14 janvier 2011, Rachid Ammar somme Ben Ali de quitter le pays. L’armée conduit Ben Ali en hélicoptère jusqu’à Malte où ce dernier dispose d’un avion. Il s’enfuit comme on le sait en Arabie Saoudite, via Dubaï.

    Toujours sous la menace de l’armée, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, prend la parole sur la chaîne d’Etat TV7 : il assurera désormais l’intérim quelques mois le temps de la transition.

    - 15 janvier 2011 : pour une partie de la population, la constitution n’est pas respectée : c’est au président de la chambre des députés, Fouad Mabazaa, de jouer ce rôle, pendant 45 jours, le temps de procéder à de nouvelles élections. La pression de la rue pousse Mohamed Ghannouchi a déclaré Foued Mabazaa président par intérim.

    - Du 14 janvier à ce jour : l’armée se déploie et assure la sécurité des lieux stratégiques et des citoyens contre les milices pro-Ben Ali qui terrorisent la population et pratiquent la politique de la terre brûlée. Les Tunisiens s’organisent en comité de quartier pour se protéger la nuit contre les attaques des milices lourdement armées. Même si la télévision d’Etat en parle peu de nombreux militaires, des civils, et des miliciens trouvent la mort. La pénurie commence à se faire sentir.

    - 16 janvier 2011, le premier ministre Mohamed Ghannouchi reçoit des représentants des partis d’opposition « autorisés » sous Ben Ali et des représentants de la société civile afin de constituer un gouvernement d’unité nationale, qui assurera l’organisation d’élections législative et présidentielle dans les meilleures conditions possibles d’ici 4 à 6 mois .

    - 17 janvier 2011 : Une manifestation a lieu à Tunis pour exiger la dissolution du parti de Ben Ali (RCD) et l’absence de ministres de Ben Ali dans le futur gouvernement. Pour certains Tunisiens c’est une erreur et une manipulation de ceux qui veulent mettre le pays à feu et à sang et qui veulent maintenir la terreur. Pour d’autres, l’appel à la fin des manifestations et au retour au travail ce lundi ne sert que l’intérêt du RCD. La composition du gouvernement provisoire est annoncé : les postes clés et emblématiques, notamment celui de l’Intérieur, est gardé par les membres du RCD. La polémique enfle.

    - 18 janvier 2011 : Nouvelles manifestations (dispersées par la police) dans différentes villes du pays. Mohamed Ghannouchi et Foued Mabazaa démissionnent du RCD. Quatre des ministres, membres de l’opposition autorisée, qui ont été nommés le 17 janvier démissionnent : ils refusent de cautionner ce gouvernement provisoire.


    La situation est confuse et les avis des Tunisiens sont partagés :

    - Peut-on faire confiance aux ministres de Ben Ali pour mener le pays vers la transition ?

    - Peut-on se passer d’eux pour gérer le pays et maîtriser l’appareil policier, le temps de modifier la constitution, les différents codes juridiques (relatifs au système électoral, à la presse, à la justice, …) et le temps pour les opposants politiques de s’organiser, de se faire connaître de la population ?

    - Demander la dissolution immédiate du RCD est-ce prendre le risque d’aggraver l’insécurité actuelle et de retarder la transition ou est-ce l’assurance que la révolution ne soit pas récupérée ?

    - La transition ne peut se faire que dans la durée, soit : mais attendre six mois pour organiser des élections, n’est-ce pas prendre le risque que le mouvement social ne retombe et que le RCD reprenne les rennes ?

    - L’armée qui a joué un rôle important dans le départ de Ben Ali et qui est indispensable pour protéger les citoyens contre les exactions des milices pro-Ben Ali, ne cherchera-t-elle pas à prendre part au pouvoir ? Et quelle est son influence sur les tractations en cours ?

    - Comment faire confiance aux politiques étrangères de la France et des EUA (pour ne citer qu’eux) guidées par la realpolitik ?

    Autant de questions et dilemmes auxquels les Tunisien(ne)s sont confrontés.

    Comment aider ?
    Les appels téléphoniques, les messages sur Facebook et dans une moindre mesure sur Twitter continuent de devancer les médias. Des messages fusent sur les gens qui manifestent malgré l’état d’urgence, la violence qui continue, les coup de feu, les exactions des forces restées fidèles à Ben Ali, mais aussi sur les 1500 kilos de lingots d’or de la Banque Centrale Tunisienne volés par Leïla Trabelsi épouse Ben Ali (bien avant que Le Monde n’en fasse un « scoop ») … difficilement vérifiables ces infos. Certes, mais en attendant c’est la société civile dans la rue avec les téléphones portables et ces internautes qui ont pallié l’assourdissant silence des médias traditionnels de Tunisie et d’ailleurs…

    Pour aider les Tunisiens, il faut faire que les médias relaient la réalité de ce qui se passe : non au silence coupable, non à la désinformation. Stop à l’argument « si vous êtes contre Ben Ali, vous êtes terroristes » : quel ignominie, quelle insulte et quelle ignorance ! Que les médias laissent les Tunisiens s’exprimer par eux-mêmes et arrêtent de parler à leur place. Et ainsi on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas...

    Naïma Horchani Carton, 18 janvier 2011

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Focus

e-Boutique

A l'agenda

Midi des Droits humains : Tunisie, la « révolution facebook »

« mai 2012 »
L M M J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
 

Pays par pays