AMR 51/197/2005
Action complémentaire sur l’AU 191/05 (AMR 51/114/2005 du 21 juillet 2005) et suivantes (AMR 51/131/2005 du 16 août 2005 ; AMR 51/136/2005 du 31 août 2005 ; AMR 51/171/2005 du 27 octobre 2005).
ÉTATS-UNIS : Fawzi al Odah (h), ressortissant koweïtien Juma al Dossari (h), ressortissant bahreïnite Shaker Aamer (h), résident britannique Abu Bakr al Shammari (h), ressortissant yéménite Un nombre indéterminé de personnes détenues sur la base navale américaine de Guantánamo Bay
Londres, le 2 décembre 2005
Il est maintenant avéré que plusieurs détenus qui suivent une grève de la faim dans le centre de détention de Guantánamo sont gravement malades, des suites de cette grève et des méthodes d’alimentation forcée auxquelles ils ont été soumis.
Le détenu koweïtien Fawzi al Odah a ainsi entamé une grève de la faim le 8 août. La dernière visite que lui a rendue son avocat date de la mi-novembre. Celui-ci a alors constaté que son client avait encore maigri de manière inquiétante, bien que les autorités l’aient nourri de force depuis début septembre. Il a eu accès à son dossier médical et a consulté des médecins, qui lui ont fait savoir que Fawzi al Odah était en danger de mort imminente ou risquait, du moins, des lésions organiques irréversibles. Le détenu a décrit les méthodes d’alimentation forcée qu’il a subis : « L’infirmière m’a enfilé un tube dans le nez si rapidement que j’ai commencé à m’étouffer, à saigner du nez et à cracher du sang. Ils n’ont pas utilisé d’anesthésiant. »
Fawzi al Odah, « désespéré » par son maintien en détention sans inculpation, avait demandé auparavant à son avocat d’entamer une procédure afin que lui soit retirée la sonde d’alimentation. Ses avocats ont déclaré qu’ils n’entameraient aucune procédure sans avoir obtenu au préalable le consentement de sa famille ou l’avis de médecins indépendants, notamment de psychiatres. Son père a refusé de donner son consentement et aurait déclaré : « Nous sommes absolument contre... Fawzi n’aurait pas pris une telle décision à moins d’avoir perdu tout espoir et en partie sa capacité de jugement. »
Les avocats du ressortissant bahreïnite Juma al Dossari ont décrit ainsi leur dernière rencontre avec leur client le 12 novembre : « M. Dossari paraissait très fragile, vraisemblablement du fait de ses multiples tentatives de suicide et de la grève de la faim qu’il observe actuellement. En effet, l’état de santé physique de M. Dossari s’est tellement dégradé que, pour la première fois depuis que je le connais, il n’a pas quitté son fauteuil roulant pendant tout notre entretien [...] En outre, par moments, il semblait souffrir de paralysie faciale. »
Deux jours après cette visite, Juma al Dossari tentait de mettre fin à ses jours. Il a commis plusieurs tentatives de suicide au cours de sa période de détention à Guantánamo. Le 15 octobre, par exemple, lors d’un entretien avec son avocat, il a cherché à se pendre dans les toilettes. Des experts médicaux ont averti que si les conditions d’emprisonnement de Juma al Dossari n’étaient pas améliorées, son état de santé mentale « allait vraisemblablement continuer à se dégrader, ce qui le conduirait de nouveau, très probablement, à essayer de porter atteinte à son intégrité physique ».
Dans une déclaration écrite adressée à son avocat, récemment mise à la disposition du public par les autorités des États-Unis, le ressortissant saoudien Shaker Aamer, résidant au Royaume-Uni depuis 1996, explique qu’il a interrompu sa grève de la faim pendant le ramadan, avant de la reprendre le 4 novembre. « Je veux simplifier les choses pour tout le monde - écrit-il - je ne veux ni nourriture, ni sondes forcées, ni « aide », ni « alimentation intensive assistée ». C’est mon droit. » Il rend compte également de ses problèmes de santé : « Je meurs ici chaque jour, mentalement et physiquement [...] L’eau jaune et sale me cause beaucoup de complications [...] J’ai des problèmes pulmonaires à cause des produits chimiques qu’ils répandent sur le sol [...] À quarante ans, je souffre d’arthrite parce que je dors sur un lit en acier, et qu’ils insufflent de l’air conditionné glacé au cours des interrogatoires. Les lumières fluorescentes permanentes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ont gravement endommagé ma vue. Je souffre d’acouphènes à cause du bruit incessant [...] J’ai des ulcères et je suis presque toujours constipé à cause de la nourriture. On m’a rendu paranoïaque et je n’ai plus confiance en personne [...] Je pesais plus de 114 kg. Je ne pèse plus que 60 kg à cause de la grève de la faim. »
Sami al Hajj, un employé d’Al Jazira détenu au camp IV de Guantánamo, d’où on peut voir distinctement l’hôpital où sont soignés certains des grévistes de la faim, a déclaré à son avocat qu’il était particulièrement préoccupé par la santé du Yéménite Abu Bakr al Shammari, qui pèse désormais moins de 30 kg et dont l’état est critique.
ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre langue) :
dites-vous extrêmement préoccupé par l’état de santé physique et mentale de Fawzi al Odah, Juma al Dossari, Shaker Aamer, Abu Bakr al Shammari ainsi que d’autres détenus de Guantánamo grévistes de la faim ;
faites part des craintes que vous inspirent les informations selon lesquelles des détenus de Guantánamo observant une grève de la faim seraient nourris de force par des moyens visant délibérément à les faire souffrir et à les blesser ;
demandez que tous les détenus grévistes de la faim bénéficient immédiatement des soins médicaux requis par leur état de santé ;
demandez que tous les détenus de Guantánamo Bay soient remis en liberté, ou inculpés d’une infraction prévue par la loi et jugés dans le plein respect des normes internationales d’équité.
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
Cruels. Inhumains. Toujours dégradants. Non à la torture et aux mauvais traitements dans la « guerre contre le terrorisme » . Pour obtenir de plus amples informations sur la campagne d’Amnesty International, veuillez consulter le lien suivant : http://web.amnesty.org/pages/stoptorture-index-fra
APPELS À :
Ministre de la Défense des États-Unis : Donald Rumsfeld Secretary of Defense, The Pentagon Washington DC 20301 États-Unis Fax : +1 703 697 8339 Formule d’appel : Dear Secretary of Defense, / Monsieur le Ministre,
Adjoint du ministre de la Défense chargé des questions relatives aux détenus : Matthew Waxman Deputy Assistant Secretary of Defense for Detainee Affairs 2500 Defense Pentagon 5E420 Washington DC 20301, États-Unis Fax : +1 703 697 6166 Formule d’appel : Dear Deputy Assistant Secretary of Defense, / Monsieur,
COPIES
Ambassade des Etats-Unis d’Amérique
Boulevard du Régent, 27
1000 Bruxelles
Fax : 02/511 27 25
email : sniderpw state.gov
PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT. APRÈS LE 13 JANVIER 2006, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S’IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.




