ASA 37/015/2006
AU 164/06
« DISPARITIONS »
SRI LANKA : Rasanyagampillai Sivananthamoorthy (h), 35 ans Markandu Pushpakanthan (h), 26 ans Kandasamy Parimelalakan (h), 29 ans Vaikundavasan Vikunthakumar (h), 22 ans Ratnam Thayaruban (h), 19 ans Ponnambalam Partheepan (h), 22 ans Selvaratnam Sivanantham (h), 22 ans Ramachandran Rasakumar (h), 22 ans
Londres, le 9 juin 2006
Dans la soirée du 6 mai, les huit hommes nommés ci-dessus, qui font partie de l’ethnie tamoule, se sont rendus dans un temple hindou situé dans le nord du pays afin de le décorer pour une fête religieuse. Le lendemain matin, ils ont été portés disparus et on ignore toujours où ils se trouvent. Amnesty International est sérieusement préoccupée pour leur sécurité.
En raison d’un couvre-feu en vigueur à cette date, ce n’est que le 9 mai que des membres de la division de Jaffna de la Commission sri-lankaise des droits humains (un organe de droit public qui enquête de manière indépendante sur des violations des droits humains qui lui sont signalées) ont pu, à la suite de plaintes déposées par les proches de ces hommes, accéder à ce temple, qui porte le nom de Seerani Kelakkai et se situe à Manthuvil-Est, à 7 kilomètres au nord-est de la ville de Chavakachcheri, dans le district de Jaffna. Sur place, ils ont interrogé plus de 50 personnes vivant dans le voisinage, qui leur ont appris que, le 6 mai, plus de 25 militaires étaient venus au temple sans raison apparente, avant de repartir. À ce moment-là, beaucoup d’autres personnes préparaient la fête religieuse dans le temple. Des habitants des environs ont déclaré que plus tard dans la soirée, vers 1 heure du matin, un véhicule s’était arrêté devant le temple et qu’ils avaient entendu des coups de feu. Peu après, ils ont vu, semble-t-il, deux véhicules de l’armée quitter le temple. Vers 4 h 30, deux autres véhicules sont arrivés.
Par peur, les villageois ont attendu que le jour se lève pour aller voir dans le temple ce qui s’était passé. En arrivant, à 6 heures du matin, ils y ont trouvé des militaires qui, dès qu’ils les ont vus, ont quitté les lieux à bord d’un camion de l’armée et d’un véhicule blindé. Ils sont partis en direction du camp militaire de Varany, le quartier général de la 52e brigade, situé à 3 kilomètres du temple de Seerani Kelakkai.
L’équipe de la Commission des droits humains a inspecté les lieux et y a trouvé des taches de sang, plusieurs cartouches usagées, des cartes d’identité et des vêtements jetés sur le sol du temple. Selon les voisins, ces huit jeunes hommes ont été emmenés par les militaires. L’un d’entre eux, Rasanyagampillai Sivananthamoorthy, est secrétaire général du conseil d’administration du temple de Seerani Kelakkai, tandis que Markandu Pushpakanthan est membre de ce conseil. À la suite de plaintes déposées par leurs proches, le président du tribunal local aurait ordonné à la police de Kodikamam, une ville proche de Chavakachcheri, d’enquêter sur la « disparition » de ces huit hommes.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Parmi les 19,5 millions d’habitants que compte le Sri Lanka, la majorité (74 p. cent) font partie de l’ethnie cingalaise, dont les membres sont presque tous bouddhistes. Les Tamouls, qui sont essentiellement hindous, forment le deuxième groupe ethnique du pays (18 p. cent) et les musulmans le troisième groupe (7 p. cent). Les revendications des Tamouls, qui demandent une autonomie régionale au sein de l’île, sont apparues au cours des années 1970, accélérant le déclenchement d’un conflit qui dure depuis plus de vingt ans, lorsque le groupe armé d’opposition Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE, Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul) a commencé à revendiquer la création d’un État indépendant dans le nord et l’est de l’île.
Le gouvernement sri-lankais et les LTTE ont conclu en février 2002 un accord de cessez-le-feu. Des atteintes aux droits humains ont été régulièrement signalées depuis la signature de cet accord, mais elles se sont fortement multipliées après la scission des LTTE en mars 2004 : des assassinats politiques, des actes de torture et le recrutement d’enfants soldats ont eu lieu, semble-t-il, dans l’est du pays. Depuis décembre 2005, ces violences ont dépassé l’est pour atteindre le nord et de nombreux conflits armés, homicides et « disparitions » ont été signalés. Plus de 600 personnes, dont des civils, ont été tuées dans ces régions au cours des six derniers mois. En réaction à la mort de militaires, tués par des mines terrestres ou dans d’autres types d’attaques attribuées aux LTTE, les forces de sécurité ont effectué des perquisitions systématiques et d’autres opérations dans des quartiers de la ville de Jaffna et dans d’autres lieux situés dans des zones où vivent des Tamouls. Selon la Commission des droits humains, plus de 150 personnes ont été arrêtées avant de « disparaître » au cours des six derniers mois dans le nord de Sri Lanka ; cependant, leur nombre réel est probablement bien plus élevé. Amnesty International craint que ces « disparitions » ne relève à nouveau d’une pratique bien établie, comme celle qui a pu être constatée à Jaffna en 1995 et en 1996, lorsque plusieurs centaines de Tamouls ont « disparu » au cours d’opérations militaires menées dans la région.
ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre langue) :
dites-vous préoccupé par les informations selon lesquelles les huit hommes nommés ci-dessus (veuillez indiquer leur nom) ont été enlevés le 6 mai par des soldats dans le temple de Seerani Kelakkai et exhortez les autorités à ordonner l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale, ainsi qu’à en rendre les résultats publics ;
demandez instamment aux autorités gouvernementales et aux forces de sécurité de déterminer si ces huit hommes sont en détention et, si tel est le cas, de les autoriser à entrer en contact avec leurs proches et avec un avocat de leur choix, ainsi qu’à recevoir les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin ;
exhortez les autorités à les libérer sans délai et sans condition, à moins qu’ils ne soient inculpés d’une infraction dûment reconnue par la loi ;
priez instamment les autorités d’appliquer les directives présidentielles qui exigent que toute personne arrêtée par l’armée soit remise aux mains de la police dans les vingt-quatre heures suivant son interpellation ;
dites-vous inquiet à l’idée que les « disparitions » semblent relever à nouveau d’une pratique bien établie dans le nord de Sri Lanka et exhortez les autorités à mettre immédiatement un terme à celle-ci.
APPELS À :
Président de la République : President Mahinda Rajapakse Presidential Secretariat, Colombo 1 Sri Lanka Fax : + 94 11 2333 703 Formule d’appel : Dear President Rajapakse, / Monsieur le Président,
Chef de l’armée : Lt Gen Sarath Fonseka, Army Commander Army Headquarters, Flagstaff Street, Colombo 1 Sri Lanka Fax : +94 11 2855 018/+94 11 2434 862/+94 11 2338 653/+94 11 2421 374 Formule d’appel : Dear Lt General, / Monsieur,
Ministre de la Défense : Major General Asoka K Jayawardhana Secretary, Ministry of Defence 15/5 Baladaksha Mawatha, Colombo 3 Sri Lanka Fax : + 94 11 2446 300 / + 94 11 2541 529 Formule d’appel : Dear Secretary of Defence, / Monsieur le Ministre,
Inspecteur général de la police : Mr Chandra Fernando Inspector General of Police Headquarters, New Secretariat, Colombo 1 Sri Lanka Fax : + 94 11 2438 915 Formule d’appel : Dear Inspector General, / Monsieur,
Ambassade de la République démocratique socialiste de Sri Lanka
Rue Jules Lejeune 27
1050 Bruxelles
Fax : 02.344.67.37
Email : sri.lanka euronet.be
PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT. APRÈS LE 22 JUILLET 2006, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S’IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.




