AU 119/06
AMR 41/023/2006
CRAINTES POUR LA SÉCURITÉ
MEXIQUE :Jaime Loaeza Juárez (h), dirigeant indigène Aquilino Loaeza Juárez (h), frère de Jaime Loaeza Juárez, dirigeant indigène ainsi que les autres membres de la communauté indigène chatino
Londres, le 4 mai 2006
Jaime Loaeza Juárez et son frère, Aquilino Loaeza Juárez, deux dirigeants de la communauté indigène chatino, dans l’État d’Oaxaca (sud du pays), auraient été menacés, harcelés, faussement inculpés d’infractions et auraient été la cible de coups de feu. Ces deux frères ont pris la tête des efforts accomplis pour défendre la terre de leur communauté contre des sociétés privées souhaitant l’acquérir et pour protester contre le contrôle de leur communauté par les « caciques » (chefs politiques). Amnesty International pense que leur vie est peut-être en danger. Les auteurs de ces menaces et attaques pourraient avoir des liens avec les autorités locales ou les « caciques ».
Jaime et Aquilino Loaeza Juárez sont des membres dirigeants de la communauté chatino de Temaxcaltepec, dans la municipalité de Juquila. De plus en plus souvent, des sociétés privées tentent d’acheter leur terre, propriété traditionnellement commune à l’ensemble de la communauté. Les frères militent contre ces tentatives d’acquisition et contre le fait d’imposer une autorité municipale à la tête de la communauté au lieu de continuer à respecter le système communautaire indigène traditionnel, qui consiste à choisir les dirigeants (usos y costumbres, us et coutumes).
En janvier 2006, ils ont créé l’Organizacíon de Pueblos Unidos por la Defensa de sus Tierras (organisation des peuples unis pour la défense de leurs terres), organisation regroupant des peuples indigènes de la région pour militer contre l’achat des terres communautaires par des sociétés privées. L’organisation aide la communauté à s’organiser et à formuler ses revendications, suscitant un mouvement de soutien aux droits fondamentaux des indigènes.
Le 3 avril, trois hommes se seraient assis à côté de Jaime et d’Aquilino Loaeza Juárez à un arrêt de bus de la ville d’Oaxaca et auraient dit : « Fils de putes, nous savons qui vous êtes et nous vous surveillons... Faites attention, enfoirés, parce qu’avec ce truc qui est accroché à ma ceinture [une arme à feu], je vais vous calmer, vous savez qu’on ne joue pas avec le gouvernement. C’est un miracle que vous soyez encore en vie. »
Le 19 avril, les deux frères ont quitté Oaxaca en voiture pour rentrer chez eux ; sur la route, une camionnette s’est arrêtée à côté d’eux et les passagers du véhicule ont crié : « Espèces d’abrutis, vous avez échappé à la prison, mais vous n’échapperez pas aux balles. Nous vous surveillons. Vos jours sont comptés... » Le 30 avril, alors qu’ils se rendaient à Oaxaca, ils ont ralenti en doublant une camionnette qui semblait être en panne. Les hommes se trouvant dans la camionnette se sont alors mis à tirer sur eux, mais les frères Loaeza Juárez ont réussi à accélérer et s’en sont sortis indemnes. Ils ont déposé une plainte au sujet de cet épisode et des précédentes menaces de mort dont ils avaient été la cible auprès des services du procureur général de l’État.
Le 5 janvier, Jaime Loaeza Juárez avait été arrêté par des policiers de la Unidad Policial de Operaciones Especiales (UPOE, unité des opérations spéciales de la police), qui, semble-t-il, avaient menacé de le tuer. Il avait été accusé de vol de bétail. Faute de preuves, il avait par la suite été remis en liberté. Le 8 mars, les deux frères ont participé à une protestation visant à dénoncer l’arrestation de huit autres membres de la communauté par la police lors d’une manifestation apparemment pacifique. La police municipale a procédé à sept arrestations, dont celles de Jaime et d’Aquilino, puis des policiers auraient frappé les personnes appréhendées. Celles-ci étaient inculpées de sédition, de rébellion et d’avoir bloqué la voie publique. Le 15 mars, un juge a ordonné leur libération sans qu’aucune charge soit retenue.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Au Mexique, les dirigeants communautaires qui s’efforcent de renforcer les droits des indigènes locaux et cherchent activement à limiter, voire à supprimer, le contrôle des « caciques » ont souvent été victimes de menaces, d’actes de harcèlement et d’inculpations sans fondement, notamment par les autorités de l’État et les autorités municipales. L’identité des responsables de tels actes est rarement établie et ils ne sont presque jamais traduits en justice. Au Mexique, un grand nombre de communautés indigènes vivent dans des conditions de pauvreté extrême, où la violence atteint des niveaux très élevés. Les autorités des États dans lesquels se trouvent des populations indigènes importantes, en particulier ceux du Sud, comme Oaxaca, provoquent souvent une aggravation de la situation en appuyant activement l’autorité des « caciques » ou en n’agissant pas de manière efficace sur les causes de la marginalisation de ces communautés, dont la question de l’accès aux soins de santé, à l’éducation, aux transports publics et à la terre.
ACTION RECOMMANDÉE :
dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en espagnol ou dans votre propre langue) :
exprimez votre préoccupation quant à la sécurité de Jaime Loaeza Juárez et d’Aquilino Loaeza Juárez, qui ont été victimes d’une série de menaces, d’actes de harcèlement, de fausses inculpations et d’une tentative de meurtre ;
appelez les autorités à garantir leur sécurité et à faire en sorte qu’ils soient protégés, conformément à leurs souhaits ;
demandez qu’une enquête impartiale et exhaustive soit menée dans les meilleurs délais sur les menaces et les attaques dont ils ont fait l’objet, que les conclusions de l’enquête soient rendues publiques et que les responsables présumés soient déférés à la justice ;
rappelez aux autorités qu’il est de leur devoir de mener une enquête indépendante et impartiale sur les infractions dont ils auraient été faussement inculpés et d’en rendre les résultats publics.
APPELS À :
Gouverneur de l’État d’Oaxaca : Ulises Ruiz Ortiz Gobernador del Estado de Oaxaca Carretera Oaxaca-Puerto Angel, Km 9.5 Santa María Coyotopec, Oaxaca Mexique Fax : +52 951 50 205 30 (si une personne décroche, veuillez demander la ligne de fax : « tono de fax, por favor ») +52 951 51 637 37 Formule : Señor Gobernador, / Monsieur le Gouverneur,
Procureure générale de l’État d’Oaxaca : Lic. Rosa Lizbeth Caña Cadeza, Procuradora del Estado de Oaxaca Avenida Luis Echeverría s/n, La Experimental San Antonio de la Cal, Oaxaca, C.P. 71236, Mexique Fax : +52 951 511 5519 Formule d’appel : Estimada Procuradora, / Madame la Procureure générale,
Responsable de l’Unité de promotion et de défense des droits humains au sein du ministère de l’Intérieur :Maestro Ricardo Sepúlveda
Secretaría de Gobernación
Reforma 99, PISO 21, PH,
Colonia Tabacalera
C.P. 06030, México D.F. Mexique
Fax : +52 55 5128 0234 (si quelqu’un décroche, demandez la ligne de fax : « tono de fax, por favor »)
Formule d’appel : Estimado Maestro, / Monsieur,
COPIES À :
Organisation non gouvernementale de défense des droits humains : Centro de Derechos Humanos y Asesoría a Pueblos Indígenas Leon #15, Barrio San Diego, Tlaxiaco, Oaxaca, C.P. 69800, Mexique |Commission d’État des droits humains - Oaxaca : Comision de Derechos Humanos del Estado de Oaxaca Calle de los Derechos Humanos No. 210 Col. América, C.P. 68050, Oaxaca, Mexique
Ambassade des Etats Unis Mexicains :
Avenue F.D. Roosevelt 94,
1050 Bruxelles
Fax : 02.644.08.19 /Fax : 02.646.87.68
Email :embamexbelgica-ue skynet.be
PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT. APRÈS LE 16 JUIN 2006, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S’IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.




