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IRAN : au moins 173 membres de l’ordre Nématollahi des soufis

DÉTENTION AU SECRET / CRAINTES DE TORTURE

vendredi 24 février 2006

AU 43/06

MDE 13/018/2006

DÉTENTION AU SECRET / CRAINTES DE TORTURE

IRAN :au moins 173 membres de l’ordre Nématollahi des soufis

Londres, le 22 février 2006

Selon les informations recueillies par Amnesty International, au moins 173 membres de l’ordre Nématollahi des soufis, une confrérie musulmane, sont détenus au secret dans la prison de Fajr, située dans la ville de Qom. L’organisation craint qu’ils n’y subissent actuellement des actes de torture qui pourraient être destinés à leur arracher des “ aveux ”.

Les soufis Nématollahi sont des musulmans chiites. Les personnes citées ci-dessus faisaient partie d’un groupe de 1 200 soufis Nématollahi arrêtés le 13 février, après qu’une manifestation manifestement pacifique eut été interrompue de manière violente par des agents des forces de sécurité et des membres des groupes Hojatieh et Fatemiyon - deux formations religieuses qui soutiennent le gouvernement actuel. Ce mouvement de protestation avait été organisé après que les forces de sécurité eurent ordonné aux soufis Nématollahi d’évacuer leur hosseiniya (lieu de culte) avant le 11 février.

D’après certaines sources, les personnes arrêtées sont actuellement interrogées dans la prison de Fajr, à Qom, et il semblerait qu’elles y subissent des actes de torture destinés à les contraindre à signer des “ aveux ” prérédigés contenant de fausses déclarations, selon lesquelles les soufis ayant organisé la manifestation auraient eu des motivations politiques et seraient liés à des groupes d’opposition au gouvernement. Il serait prévu que les détenus lisent ces “ aveux ” devant des caméras de la télévision nationale. Il semble que leurs proches n’aient pas réussi à obtenir d’informations officielles sur leur lieu de détention, leur situation au regard de la loi ou leur état de santé, et qu’ils n’aient pas pu entrer en contact avec des avocats. Bahman Nazari, un avocat qui est lui-même musulman soufi, se serait rendu de Tabriz, une ville située dans le nord-ouest de l’Iran, à Qom, dans le but de représenter les détenus, mais il a été arrêté immédiatement lorsqu’il a présenté sa carte professionnelle aux autorités.

La manifestation a commencé le 9 février, un certain nombre de membres de la confrérie Nématollahi protestant à l’intérieur de leur hosseiniya et d’autres à l’extérieur du lieu de culte. Le nombre de participants a augmenté progressivement, au fur et à mesure que plusieurs centaines de soufis Nématollahi, dont des femmes et des enfants, arrivaient d’autres régions du pays pour rejoindre la manifestation. Les forces de sécurité, y compris la police antiémeutes, ont pris place autour du lieu de culte. Le 13 février, vers 15 heures, elles ont fixé un ultimatum aux soufis pour qu’ils l’évacuent. Des membres des groupes Fatemiyon et Hojatieh se seraient également postés autour de la hosseiniya, auraient scandé des slogans tels que “ Mort aux soufis ” ou “ Le soufisme est un complot britannique ”, et auraient distribué des tracts accusant les soufis d’être des ennemis de l’islam. Certains des manifestants ont réagi en brandissant des photographies de l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique d’Iran, ou des images de leurs proches tués alors qu’il combattaient pour leur pays pendant la guerre Iran-Irak, pour exprimer le fait qu’ils n’étaient pas opposés au gouvernement et qu’ils faisaient partie intégrante de la société iranienne.

Vers 16 heures, les forces de sécurité sont intervenues, avec l’appui des groupes Hojatieh et Fatemiyon. Elles ont attaqué les manifestants qui se trouvaient à l’extérieur de la hosseiniya et envahi le bâtiment religieux en ayant recours à du gaz lacrymogène et à des explosifs. Elles auraient frappé de nombreux protestataires et, selon certaines informations, mis le feu au lieu de culte. Le lendemain, la hosseiniya et plusieurs maisons voisines ont été démolies au bulldozer. Environ 1 200 manifestants ont été appréhendés et emmenés dans des autobus vers des lieux inconnus. Selon les informations reçues, plusieurs personnes, dont certaines grièvement blessées, ont été conduites jusqu’à un stade sportif pour y être interrogées. Les personnes arrêtées ont subi un interrogatoire, au cours duquel beaucoup d’entre elles ont, semble-t-il, été torturées ou maltraitées. Si la plupart de ces soufis Nématollahi ont été remis en liberté depuis ces événements, 173 d’entre eux ont été maintenus en détention. Il semble que les autres personnes n’aient été libérées qu’après avoir accepté de signer des documents dans lesquels elles s’engageaient à ne plus participer à des rassemblement de soufis organisés à Qom et à se présenter aux services de renseignement de leur ville d’origine. Certaines auraient été contraintes de signer des déclarations attestant qu’elles abjuraient le soufisme.

Par ailleurs, des mandats d’arrêt auraient été décernés contre le principal prédicateur soufi de Qom, Seyed Ahmadi Shariati, et les quatre avocats ayant auparavant représenté la confrérie, Amir Eslami, Omid Behrouzi, Gholamreza Harsimi et Farshid Yadollahi.

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Ce mouvement de protestation et la répression dont il a fait l’objet s’inscrivent dans un contexte préoccupant de “ diabolisation ” croissante des musulmans soufis. En septembre 2005, l’ayatollah Hossein Nouri Hamedani, un juriste religieux de Qom, a recommandé que des mesures de répression soient prises contre les confréries soufies présentes dans cette ville, qu’il a qualifiées de “ menace pour l’islam ”. Ces dernières semaines, plusieurs articles présentant une position hostile à l’égard de ces groupes religieux sont parus dans les quotidiens Jomhouri e Eslami (République islamique) et Kayhan. Le 15 février, le gouverneur de Qom, Abbas Mohtaj, a confirmé à Jomhouri e Eslami que 1 000 personnes avaient été interpellées et 200 blessées lors de la manifestation. Il a accusé les soufis de participer à un complot étranger contre l’État iranien, déclarant : “ Les puissances arrogantes s’emparent de la moindre occasion pour créer de l’insécurité dans notre pays et il est évident que [les soufis] entretiennent des relations avec des pays étrangers ”. Le 21 février, le procureur général de Qom a affirmé que seules 10 à 15 des personnes arrêtées se trouvaient toujours en détention.

ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en persan, en anglais, en arabe ou dans votre propre langue) :

- dites-vous inquiet à l’idée que 173 membres de l’ordre Nématollahi des soufis soient détenus au secret dans la prison de Fajr, à Qom, depuis leur arrestation, le 13 février, en raison de leur participation à un mouvement de protestation manifestement pacifique contre l’ordre d’évacuer leur hosseiniya (lieu de culte) ;

- faites part de votre préoccupation concernant certaines informations selon lesquelles les personnes détenues auraient été victimes, au cours de leur interrogatoire, d’actes de torture destinés à les forcer à signer des “ aveux ” prérédigés, qu’elles pourraient être forcées de lire devant des caméras de la télévision nationale ;

- rappelez aux autorités que l’extorsion d’“ aveux ” par la contrainte est interdite par l’article 38 de la Constitution iranienne, aux termes duquel “ toute forme de torture destinée à extorquer des aveux ou à obtenir des informations est proscrite ” ;

- priez-les instamment d’autoriser sans délai les détenus à entrer en contact avec leurs proches et avec un avocat, ainsi qu’à bénéficier de soins médicaux si leur état de santé le nécessite ;

- demandez que ces personnes soient libérées immédiatement et sans condition ou qu’elles soient inculpées d’une infraction dûment reconnue par la loi et bénéficient d’un procès équitable dans un délai raisonnable, conformément aux garanties qui leur sont conférées par le droit international

- exhortez les autorités à ouvrir une enquête indépendante, dont les résultats doivent être rendus publics, sur les allégations selon lesquelles des agents des forces de sécurité et des membres des groupes religieux Hojatieh et Fatemiyon ont eu recours à la force de manière excessive contre des manifestants qui avaient une attitude pacifique.

APPELS À :

Guide spirituel de la République islamique d’Iran : His Excellency Ayatollah Sayed Ali Khamenei The Office of the Supreme Leader Shoahada Street Qom République islamique d’Iran Fax : +98 251 7 774 2228 (précisez : “FAO the Office of His Excellency, Ayatollah al Udhma Khamenei”) imel : info leader.ir ou istiftaa wilayah.org Formule d’appel : Your Excellency, / Excellence,

Responsable du pouvoir judiciaire : His Excellency Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi Ministry of Justice, Park-e Shahr Tehran République islamique d’Iran Courriers électroniques : via le site Internet du ministère de la Justice : www.iranjudiciary.org/feedback_en.html Formule d’appel : Your Excellency, / Monsieur le Ministre,

COPIES À :

Ministre de l’Intérieur : Hojjatoleslam Mustafa Purmohammadi (Ministry of the Interior)
Dr Fatemi Avenue , Tehran, République islamique d’Iran
imel :ravabetomomi moi.gov.ir
Fax : +98 21 8 896 203 / 8 899 547 / 6 650 203- Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Ambassade de la République islamique d’Iran : Avenue de Tervuren 415, 1150 Bruxelles
Fax : 02.762.39.15 / Email :iran-embassy yahoo.com
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