Accueil du site > 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de (...) > Comprendre les droits humains > Comment les droits humains sont-ils nés ?

Comment les droits humains sont-ils nés ?

vendredi 4 janvier 2008, par Philippe Hensmans

La conception moderne des droits humains est née à l’époque des Lumières, au 18e siècle. La « Virginia Bill of Rights » (1776), en Amérique du Nord, et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), en France, ont été les premières déclarations des droits humains sur un plan national. Elles ont constitué la base pour leur développement ultérieur. Elles se fondaient sur le principe que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit ― même si les esclaves, les peuples indiens et les femmes n’étaient alors pas concernés.

Les droits humains n’ont quasiment joué aucun rôle dans les relations interétatiques aux 18e et 19e siècles. Dans le droit international public, le principe de base était la souveraineté absolue des Etats. C’est l’effroi provoqué par la Seconde Guerre mondiale qui a conduit à la reconnaissance que l’individu ne doit pas seulement être protégé des mauvais traitements infligés par d’autres Etats, mais également par son propre Etat. Au vu des événements, la souveraineté nationale et le principe de non-ingérence ne pouvaient plus être invoqués.

L’ancrage des droits humains pour tous dans la Charte des Nations unies (http://www.un.org/french/aboutun/ch...) de 1945 a fait faire un pas décisif au mouvement moderne des droits humains. Dans le préambule (l’introduction), ces droits ont été définis comme « l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et les nations ». Ainsi ont-ils été déclarés cause internationale. Le premier article de la Charte pose comme un de ses buts premiers le développement et l’encouragement du « respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion ». Pour la première fois dans l’histoire, le respect et la réalisation des droits humains étaient considérés comme des conditions du bien-être, de la stabilité et des relations pacifiques entre les Etats.

Le contenu spécifique des droits humains a été défini dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), élaborée par la Commission des droits de l’homme de l’ONU et adoptée par l’Assemblée générale le 10 décembre 1948. Jusqu’à aujourd’hui, elle constitue la base du droit international pour la protection des êtres humains. Bien que la DUDH n’ait légalement pas de force obligatoire, son importance morale n’a fait que croître au fil des ans. Sur le plan juridique, elle est considérée comme un droit coutumier, c’est-à-dire comme une pratique juridique dans l’ensemble reconnue et appliquée et, de ce fait, valable judiriquement. Ses dispositions ont été reprises dans d’innombrables constitutions nationales et donc exigibles par voie judiciaire. A partir de la DUDH, progressivement, des traités de droit international public, de force obligatoire, ont été adoptés sur des thèmes spécifiques ou en faveur de personnes ayant des besoins spéciaux.

Le début de la Guerre froide a cependant rendu impossible l’émergence d’un instrument juridique unique et contraignant, qui aurait dû compléter la Déclaration universelle des droits humains. La guerre idéologique a conduit à l’adoption en 1966 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (Pacte social ou Pacte I) et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Pacte civil ou Pacte II). Les Etats occidentaux se concentraient sur les droits politiques et civils, qui trouvaient leur origine dans les déclarations des droits de l’homme américaine et française et avaient joué un rôle central au 19e siècle dans l’émergence des Etats. Pour les Etats socialistes, les droits économiques, sociaux et culturels étaient au premier plan. En effet, ils considéraient l’Etat comme une collectivité chargée d’attribuer et de distribuer les prestations sociales aux individus. Les deux pactes sont entrés en vigueur dix ans plus tard seulement, en 1976, lorsque les 35 adhésions nécessaires avaient été rassemblées.

Avec la décolonisation et la naissance de nouveaux Etats, de nombreux pays neufs sont devenus membres des Nations unies ; dans les années 60, les Etats africains y formaient le bloc le plus puissant. Etant donné leur passé colonial, ils étaient fortement intéressés à la question des droits humains. Aujourd’hui, presque tous les Etats dans le monde ont ratifié une ou plusieurs conventions sur les droits humains. Ainsi ces droits, en tant que concepts juridiquement contraignants, sont devenus véritablement universels.

Parallèlement au développement international, les droits humains se sont aussi développés à l’échelle régionale. En 1951, étaient créées la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui siège à Strasbourg. Depuis les réformes de 1988, chaque personne résidant dans un des Etats signataires peut porter devant la Cour une violation des droits reconnus dans la Convention européenne. Les Etats membres ne font que rarement usage de la possibilité de déposer des plaintes. Jusqu’à l’apparition des Cour américaine et africaine, la protection juridique européenne était extraordinaire. Entre-temps, des systèmes similaires se sont développés en Amérique et en Afrique. Jusqu’à aujourd’hui, il n’existe pas de systèmes de protection des droits humains en Asie et dans le monde arabe.

Sans votre aide, nous ne pouvons rien. Faites un don. Maintenant!

Répondre à cet article

Focus

e-Boutique

A l'agenda

Comment les droits humains sont-ils nés ?

« mai 2012 »
L M M J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
 

Pays par pays