Mugabe l’affameur
Un porte parole de la FAO a raté une occasion de se taire lorsqu’il a justifié la présence du président Mugabe à la conférence de Rome sur la crise alimentaire. « Les Nations unies sont le lieu de l’inclusion et non de l’exclusion, a déclaré Nick Parsons. L’ONU donne à toutes les nations le droit de participer ».
Et pourtant, l’exclusion de Mugabe aurait peut-être été un message essentiel. Depuis plusieurs années, l’ancien héros de l’indépendance africaine se comporte comme un « affameur ». Alors que la conférence se terminait, il a interdit la distribution d’aide alimentaire par les ONG occidentales, les seules pratiquement à soutenir une population zimbabwéenne coincée entre la faim et l’exil. Le 6 juin, l’ambassadeur des Etats-Unis James McGee a même accusé le régime d’utiliser l’”arme alimentaire”, en excluant les sympathisants de l’opposition des distributions de nourriture.
Cette mesure intervient dans un contexte de plus en plus lourd, exacerbé par l’approche du second tour des élections présidentielles le 27 juin. Des dirigeants du MDC (Mouvement pour le changement démocratique) ont été enlevés et assassinés, les membres de l’opposition sont systématiquement harcelés, les services de sécurité confisquent leurs cartes d’identité pour les empêcher de voter ou les déplacent dans le cadre d’opérations de « nettoyage électoral », les meetings du leader de l’opposition Tsvangirai sont interdits jusqu’à nouvel ordre.
Un coup d’Etat militaire
Pour le quotidien britannique The Independent, le Zimbabwe a connu un « coup d’Etat » et vit de facto sous un régime militaire. Un quarteron de hauts gradés, dont le général Constantine Chiwenga, défendent Mugabe coûte que coûte, mais ce faisant, ils contrôlent aussi l’après-Mugabe, dans un scénario de « Mugabisme sans Mugabe ». Premiers bénéficiaires des spoliations de terres organisées au début des années 2000 sous le prétexte d’aider les anciens combattants de la lutte pour l’indépendance, ces généraux savent qu’ils devraient rendre leurs biens mal acquis si l’opposition démocratique arrivait au pouvoir.
Le Zimbabwe qui aurait pu fournir un modèle à l’Afrique, devient le symbole le plus caricatural de son cauchemar et le révélateur de ses échecs. Le président sud-africain, qui a cru jouer la médiation, découvre l’étendue de son erreur. On ne peut pas négocier avec un dirigeant camé au pouvoir comme Mugabe Et la crise s’est étendue à son propre pays, exposant à son tour les frustrations sociales de l’après-apartheid. Des dizaines d’exilés zimbabwéens (et mozambicains) ont été tués par des foules délirantes d’exaspération et de haine. Des foules de pauvres, qui se sentent abandonnés par la nouvelle élite du parti gouvernemental, l’ANC, et qui reportent leur hargne contre plus pauvres encore qu’eux.
Robert Mugabe a détruit son pays après lui avoir donné la liberté. Il est en train de détruire aussi le rêve le plus fabuleux venu du continent africain, le rêve de Nelson Mandela de construire une société libérée de la discrimination et de l’oppression. Robert Mugabe est l’ennemi public numéro un d’un continent en quête de dignité et de justice.
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One Response to “Mugabe l’affameur”
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Et les chinois qui continuent a lui livrer des armes, est-ce qu’on va les sanctionner?