La liberté, sinon rien

Ce que j’ai voulu dire…

La liberté, sinon rien. Le titre de mon livre sonne comme un défi et le sous-titre, Mes Amériques de Bastogne à Bagdad, en balise l’itinéraire. Ce livre a pour fil rouge l’histoire des Etats-Unis entre la guerre des Ardennes de 1944 et les premiers mois de la campagne présidentielle 2008. Il télescope les souvenirs d’une des plus grandes batailles de la Seconde guerre mondiale et l’actualité de la guerre en Irak. Une guerre considérée par de plus en plus de citoyens et de militaires américains comme une erreur stratégique majeure. Une guerre qui corrode la puissance et l’image des Etats-Unis à l’extérieur, mais qui plus fondamentalement encore place l’administration Bush en dehors du droit international et l’écarte des principes les plus essentiels de la Constitution américaine.

L’idée d’écrire ce livre m’est venue lorsque les porte-parole de la Maison Blanche, assaillis par les critiques, ont commencé à comparer Bastogne à Bagdad. « Si quelqu’un avait fait un sondage lors de la guerre des Ardennes, s’est notamment exclamé Tony Snow, chef de presse du président Bush, je suis sûr que des gens auraient dit: mais, bon Dieu, que faisons-nous là-bas? ».

Les analogies peuvent être trompeuses, mais Bastogne est resté l’un des symboles d’une guerre menée contre l’un des régimes les plus odieux et les plus agressifs de l’histoire, le nazisme. Une guerre menée au nom de la liberté. Le président Franklin Delano Roosevelt avait placé, en effet, l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le contexte d’une bataille de civilisation et avait fait de ses fameuses Quatre Libertés (la liberté d’expression, la liberté de religion, la liberté par rapport au besoin, la liberté par rapport à la peur) l’axe de l’engagement américain. Après la victoire, cette vision conduisit à la fondation de l’Organisation des Nations unies, à la Convention contre le génocide du 9 novembre 1948 et à la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948.

Irak, la faute
Le régime de Saddam Hussein était lui aussi l’un des plus odieux et l’un des plus agressifs du Moyen-Orient, un régime génocidaire, qui violait les principes les plus essentiels de la Charte des Nations unies et de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Tout démocrate ne pouvait que souhaiter sa chute. Mais le choix de la « guerre préventive » fut l’une des initiatives les plus funestes de ceux qui avaient juré de le renverser. Fondée sur la manipulation de la peur et sur l’intimidation des voix dissidentes, gorgée d’arrière-pensées mercantiles et islamophobes, cette guerre lancée par une administration Bush prompte à confisquer à son profit le discours de la démocratie a sapé les principes dont s’était réclamé le président Roosevelt en 1941. Et au lieu de renforcer les institutions et les droits qui avaient été établis entre 1945 et 1948, elle s’évertua à les miner. L’unilatéralisme s’imposa contre les Nations unies et l’exceptionnalisme moral dont se paraient les apprentis-sorciers du « changement de régime » déboucha sur la remise en cause de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, sur la justification de la torture et la mise entre parenthèses de l’habeas corpus.

L’angle des droits de l’Homme
Ce choc entre Bastogne et Bagdad est dans une large mesure le prétexte à une réflexion sur la doctrine des droits de l’Homme dans la politique internationale. Il met en cause les idéologies totalitaires, le national-socialisme et ses dérivés, comme le national-catholicisme de Franco ou des généraux Videla et Massera en Argentine, mais aussi le stalinisme, coupable de l’écrasement de la Révolution hongroise en 1956, du Printemps de Prague en 1968 et du massacre de la place Tien An Men en 1989. Il met en cause le national-communisme, responsable du génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge en 1975 et déclencheur, sous la houlette de Slobodan Milosevic, des guerres balkaniques et de leurs horreurs.

La rhétorique et la réalité
Derrière ces cibles évidentes, il confronte surtout la rhétorique des démocraties, et en premier lieu des Etats-Unis, à leurs pratiques. Le bilan est le plus souvent désolant. Appui aux dictatures latino-américaines (de Trujillo à Pinochet) et aux satrapies conservatrices du monde arabe, coups d’Etat de l’Iran au Guatemala, interventions militaires du Vietnam à l’Irak, passivité devant les génocides des Balkans au Rwanda.

L’histoire des Etats-Unis – et de nombre de ses alliés européens – semble ainsi contredire les grands principes sur lesquels les démocraties prétendent se fonder.

Hommage aux démocrates et aux “dissidents”
Ce livre devient dès lors un hommage à tous ceux qui s’opposent à cette immoralité des « monstres froids » et qui se battent pour une cohérence entre les valeurs et les actions des démocraties. « La liberté sinon rien » rappelle tous les grands combats pour les droits humains : la mobilisation pour les droits civiques dans le Sud des Etats-Unis dans les années 50 et 60, l’appui aux dissidents d’Union soviétique et d’Europe de l’Est dans les années 80, la lutte contre l’apartheid et les régimes militaires latino-américains dans les années 70 et 80, la défense des partisans d’une solution équitable au conflit israélo-palestinien, le combat contre les exactions du régime soudanais au Darfour.

Les héros de ce livre sont des géants de l’histoire, comme le pasteur Martin Luther King, des hommes politiques “respectables”, comme le sénateur William Fulbright, des journalistes engagés pour les libertés, comme David Halberstam, Seymour Hersh, Izzy Stroneet ou Bill Moyers, mais aussi des milliers et des milliers de citoyens qui prennent au mot les hommes politiques qui parlent de liberté et de justice. Et qui leur disent : la liberté, sinon rien !

La liberté, sinon rien. Mes Amériques de Bastogne à Bagdad, Editions GRIP/ Enjeux internationaux & locaux, Bruxelles, 2008, 411 pages.
En vente dans les bonnes librairies et chez les éditeurs. www.enjeux-internationaux.org

Comments

4 Responses to “La liberté, sinon rien”

  1. Grosjean Paul on mai 13th, 2008 11:34 am

    Lu avec grand intéret. Bravo ! Impressionné par la vaste culture, des faits et des idées au cours de ce “deux tiers de siècle”, qui jaillit à chaque page. De plus le style est vivant et cetains raccourcis imagés percutants.
    Je partage entièrement le Credo des droits de l’Homme sous-jacent, c’est là l’intégrale de tout le reste. Je crois aussi avec l’auteur que la “géographie des idées ne coîncide pas avec la géographie politique”: les idées justes sur les droits de la personne n’ont pas de patrie, et sous cet angle, les Etats Unis sont un des pays, sinon le pays, qui a le plus contribué à leur progression. Cela m’a fait du bien de le voir dit en toute réalité et avec autant de détails. Parce que je suis aussi “un enfant qui a appris l’Amérique” par les “bons” GIs de Bastogne et de la Normandie, et je sais que ces Etats-Unis-là existent toujours. Je recommande chaleureusement cet ouvrage à tout qui voudrait se sortir intellectuellement de l’impasse de l’administration etatsunienne actuelle.
    Un regret : dommage qu’un livre d’une telle densité ne soit pas publié d’une part avec une bibliographie, en complément aux citations plus que précises reprises tout du long du texte, et d’autre part, et surtout, avec un index des personnes, des lieux et des abbréviations.

  2. jpmarthoz on mai 13th, 2008 6:45 pm

    Merci pour ce commentaire qui reflète une lecture attentive de mon livre. Je comprends votre regret de ne pas trouver de bibliographie et surtout d’index. Je tiendrai certainement compte de votre suggestion lors de prochaines publications.
    Jean-Paul Marthoz

  3. Michel GILLARD on décembre 31st, 2008 3:10 pm

    Jean-Pol,

    Je n’ai pas encore terminé ton livre qui représente à mes yeux une apologie de la 3ième voie dans de ce monde qui reste, quoiqu’on en dise, encore trop bipolaire

    Pour le reste, je me pose la question de savoir, comme tu la poses si bien d’ailleurs,comment il serait possible d’éviter la récupération, voire la confiscation, des fruits de l’abolition de régimes pourris, qu’ils soient de gauche ou de droite.A croire que la majorité des gens sont frappés d’amnésie et/ou de manque de courage pour la vraie solidarité.
    Sincères félicitatins pour cet ouvrage profond qui se lit comme un roman.

    Michel GILLARD

  4. Michel GILLARD on décembre 31st, 2008 3:11 pm

    Jean-Pol,

    Je n’ai pas encore terminé ton livre qui représente à mes yeux une apologie de la 3ième voie dans de ce monde qui reste, quoiqu’on en dise, encore trop bipolaire

    Pour le reste, je me pose la question de savoir, comme tu la poses si bien d’ailleurs,comment il serait possible d’éviter la récupération, voire la confiscation, des fruits de l’abolition de régimes pourris, qu’ils soient de gauche ou de droite.A croire que la majorité des gens sont frappés d’amnésie et/ou de manque de courage pour la vraie solidarité.
    Sincères félicitatins pour cet ouvrage profond qui se lit comme un roman.

    Michel GILLARD

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